The Jesuit Relations and Allied Documents, Vol. 7: Quebec, Hurons, Cape Breton, 1634-1635
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The Jesuit Relations and Allied Documents, Vol. 7: Quebec, Hurons, Cape Breton, 1634-1635
Canada -- History -- To 1763 (New France); Indians of North America -- Canada; Jesuits -- Missions; Jesuits -- North America
Le sixiesme du mesme mois, nous délogeasmes pour la cinquiesme fois, il
m'arriua vne disgrace au départ, au lieu de prẽdre le vray chemin, ie
me iettay dans vn autre que nos chasseurs auoient fort battu, ie vay
donc fort loing sans prendre garde que ie me perdois, ayant fait une
longue traitte, ie m'apperceu que mon chemin se diuisoit en cinq ou six
autres, qui tiroient qui deçà, qui delà, me voila demeuré tout court,
il y auoit vn petit enfant qui m'auoit suiuy, ie ne l'osois quitter,
car auss[i]-tost il se mettoit à pleurer, i'enfilay tantost l'vn,
tantost l'autre de ces sentiers, & voyant qu'ils tournoient çà & là,
& qu'ils n'estoient marquez que d'vne sorte de raquette, ie concluds
que ces chemins ne conduisoient point au lieu où mes Sauuages alloient
cabaner, ie ne sçauois que faire du petit garçon: car s'estant apperceu
de nostre erreur il ne m'osoit [267] perdre de veuë sans se pasmer;
d'ailleurs n'ayant qu'enuiron six ans il ne me pouuoit pas suiure,
car ie doublois mes pas: ie m'aduisay de luy laisser mon manteau pour
marque que ie retournerois, si ie trouuois nostre vray chemin, luy
faisant signe qu'il m'attendist, car nous ne nous attendions pas l'vn
l'autre: ie iettay donc mon manteau sur la neige, & m'en reuay sur
mes brisées criant de temps en temps pour me faire entendre de nos
gens, si tant est que le bon chemin ne fust pas loing de moy; ie crie,
i'appelle dans ces grands bois, personne ne répond, tout est dans vn
profond silence, les arbres mesme ne faisoient aucun bruit, car il ne
faisoit point de vent: le froid estoit si violent que ie m'attendois
infailliblemẽt de mourir la nuit au cas qu'il me la fallust passer
sur la neige, n'ayant ny hache ny fusil pour faire du feu; ie vay,
ie viens, ie tourne de tous costez, ie ne trouue rien qui ne m'égare
dauantage: la derniere chose que l'homme quitte c'est l'esperance,
ie la tenois tousiours par vn petit bout, me figurant à toute heure
que i'allois trouuer mon chemin; mais enfin apres [268] auoir bien
tourné, voyant que les creatures ne me pouuoient donner aucun secours,
ie m'arrestay pour presẽter mes petites prieres au Createur dont ie
voyois ces grands bois tout remplis aussi bien que le reste du monde:
il me vint vne pensée que ie n'estois pas perdu, puis que Dieu sçauoit
bien où i'estois, & ruminant ceste verité en mon esprit, ie tire
doucement vers le fleuue que i'auois trauersé au sortir de la cabane,
ie crie, i'appelle de rechef, tout le monde estoit desia bien loing;
ie commençois desia à laisser cheoir de mes mains le petit filet de
l'esperance que i'auois tenu iusques alors, quand i'aduisay quelques
vestiges de raquette derriere des broussailles, ie m'y transporte, _&
vidi vestigia virorum, & mulierum & infantium_, en vn mot ie trouue ce
que i'auois cherché fort long-temps, au commencement ie n'estois pas
asseuré que c'estoit là vn bon chemin, voila pourquoy ie me diligentay
de le recognoistre: estant desia bien auancé ie trouue l'Apostat qui
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