The Jesuit Relations and Allied Documents, Vol. 8: Quebec, Hurons, Cape Breton, 1634-1636
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The Jesuit Relations and Allied Documents, Vol. 8: Quebec, Hurons, Cape Breton, 1634-1636
Canada -- History -- To 1763 (New France); Indians of North America -- Canada; Jesuits -- Missions; Jesuits -- North America
IE ne sçay pas quel succez auront les affaires de la Nouuelle France,
ny quand nous y verrons la porte pleinement ouuerte à l'Euangile:
mais ie sçay [8] bien neantmoins, que c'est Dieu qui conduit cette
entreprise. La nature n'a pas les bras assez longs pour atteindre au
point, où elle est paruenuë; elle ayme trop ses interests sensibles,
pour reünir tant de cœurs, & tant d'affections à la poursuitte d'vn
bien, qu'elle ne cognoit pas. Fuïr ses parens, & ses amis, abandonner
ses cognoissances, sortir de sa patrie si douce, & si polie; passer
les mers, defier l'Ocean, & ses tempestes, sacrifier sa vie aux
souffrances, quitter les biens presens, pour se ietter dans des
esperances éloignées de nostre veuë, conuertir le trafic de la terre
en celuy du ciel, vouloir mourir dans la Barbarie, est vn langage
qui ne se parle point dans l'école de la nature. Ces actions vont au
delà de sa portée, & cependant ce sont les actions & le langage de
mille personnes de merite, qui s'attachent aux affaires de la Nouuelle
Frãce, auec autãt & plus de courage qu'ils feroiẽt aux leurs propres en
l'Ancienne. Ie ne voy pas, ny ie ne peux entendre tout ce qui tend à ce
dessein; on ne me parle qu'vne fois l'an de ces affaires, & encore sur
vn morceau de papier, qui ressemble à [9] ces muets du grand Seigneur,
qui parlent sans dire mot. Si est-ce que ie puis dire, voyant tant
de feu, tant de zele, tant de sainctes affections en des personnes si
differentes d'âge, de sexe, de condition, de profession; qu'autre qu'vn
Dieu ne peut causer ces pensées, ny allumer ces brasiers, qui ne se
nourrissent que des bois aromatiques du Paradis. Ie ne dis rien des
tendres & nobles affections qu'a nostre grand Roy pour la conuersion
de ces Peuples; c'est pour ce dessein qu'il a étably la Compagnie
de la Nouuelle France, l'a honorée de sa faueur, & de plusieurs
grands Priuileges. Ie ne parle non plus des soins de Monseigneur le
Cardinal; c'est assez de dire qu'il s'est fait Chef de cette honorable
Compagnie, & qu'il a releué, soustenu & animé cette grande entreprise,
qu'on ne peut choquer à moins que de toucher à la prunelle de ses
yeux. Monseigneur le Duc d'Anguien fils aisné de Monseigneur le
Prince, m'honorant d'vn mot de sa propre main, m'asseura l'an passé,
qu'il auoit de grands sentimẽs pour nous, & que nous en verrions les
effects, à mesure que Dieu luy [10] feroit la grace de croistre en
âge. I'ay d'autant plus volontiers remercié nostre Seigneur, d'auoir
desia inspiré à ce ieune Prince ces bons desseins pour son seruice,
qu'il a l'esprit plus capable de s'en acquiter. Ie sçay de bonne part
& sans flatterie, qu'il l'a fait paroistre auec autant d'admiration,
durant le cours de ses estudes, au iugement de ceux qui l'y ont veu,
que sa qualité le rendra tousiours digne de respect, enuers ceux qui
le cognoistront. Dieu soit loüé! tout le ciel de nostre chere Patrie,
nous promet de fauorables influences, iusques à ce nouuel astre, qui
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