The Jesuit Relations and Allied Documents, Vol. 8: Quebec, Hurons, Cape Breton, 1634-1636
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The Jesuit Relations and Allied Documents, Vol. 8: Quebec, Hurons, Cape Breton, 1634-1636
Canada -- History -- To 1763 (New France); Indians of North America -- Canada; Jesuits -- Missions; Jesuits -- North America
Le neufiesme de Decembre, iustement le lendemain de la feste de la
Conceptiõ: Le sieur Iean Nicolet, Truchement pour les Algonquins aux
trois Riuieres, vint donner aduis aux Peres, qui demeuroient en la
Residence de la Conception, scize au mesme lieu, qu'vn ieune Algonquin
se trouuoit mal, & qu'il seroit à propos de le visiter. Les Peres se
transportent incontinent en sa Cabane, demandant permission à son pere
de l'instruire, Dieu sembloit auoir disposé les cœurs de ces Barbares,
que nous luy auions presentez, faisant nos vœux le iour precedent.
Ce pauure Barbare se monstre fort content du bien qu'on procuroit à
son fils: le Pere Buteux l'instruit, & pource que le malade estant
Algonquin n'entendoit qu'à demy la langue Montagnese, dont se [27]
seruoit le Pere, vne femme Sauuage bien versee en ces deux langues,
seruoit d'interprete, faisant couler par sa bouche la foy & les veritez
Chrestiennes dans l'ame de ce pauure ieune garçon, sans les retenir
pour soy: iustement à la façon de ces canaux, ou de ces aqueducs, qui
versent les sources d'eau toutes entieres, sans rien reseruer pour
eux. Enfin le douziesme du mois, voyant que leur malade abaissoit, ils
le baptiserent apres l'auoir instruit, & luy donnerent nom Claude; il
mourut bien tost apres, prononcant les saincts noms de +IESVS+ & de
+MARIE+, ses parens demanderent aux Peres, s'ils ne seroient pas bien
contents qu'on mist ce corps aupres des François; C'est bien nostre
desir, repartent-ils. Nous luy ferõs vn honneur, leur dismes nous, que
nous denierions au plus grãd Capitaine du mõde, s'il n'estoit Chrestiẽ.
Hastez vous donc de preparer ce qui est necessaire pour l'enterrer
à vostre mode, dirent-ils, puis qu'il est à vous. Il se fit vn beau
conuoy de tous nos François, apres lesquels venoient les Sauuages deux
à deux, auec vne modestie qui ne sentoit rien du Barbare. A l'issuë
de l'enterrement le pere du defunct [28] fit vn festin aux Sauuages,
pendant lequel, comme il ne mangeoit point selon leur coustume; tantost
il chantoit, maintenant il discouroit; I'ay perdu l'esprit, disoit-il,
la mort de mon fils me tire hors de moy-mesme; ie me suis veu autrefois
entre les mains de nos ennemis, tout prest d'estre mis en pieces, &
d'estre déchiré à belles dents, iamais ie ne perdy courage, il ne faut
pas que ie le perde maintenant; i'ay dequoy me consoler, puis que mon
fils, s'il eust vescu, n'auroit pas manqué de tirer vengeance des
Hiroquois. Et se tournant vers les Peres, Vous auez de beaucoup allegé
ma douleur, rendans les derniers honneurs à mon fils. Voila la harangue
de ce pauure Barbare, sur les funerailles de son fils, qui a bien
d'autres pensées maintenant dans le ciel.
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