The Life of Tolstoy: First Fifty Years: Fifth EditionMaude, Aylmer
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The Life of Tolstoy: First Fifty Years: Fifth Edition
Maude, Aylmer
Tolstoy, Leo, graf, 1828-1910
J'ai dans l'idée que l'idée si frivole que j'ai eu d'aller faire
un voyage au Caucase--est une idée qui m'a été inspirée d'en haut.
C'est la main de Dieu qui m'a guidé--je ne cesse de l'en remercier.
Je sens que je suis devenu meilleur ici (et ce n'est pas beaucoup
dire puisque j'ai été très mauvais) et je suis fermement persuadé
que tout ce qui peut m'arriver ici ne sera que pour mon bien,
puisque c'est Dieu lui-même qui l'a voulu ainsi. Peut-être c'est
une idée bien hardie, néanmoins j'ai cette conviction. C'est pour
cela que je supporte les fatigues et les privations physiques dont
je parle (ce ne sont pas des privations physiques--il n'y en a pas
pour un garçon de 23 ans qui se porte bien) sans les ressentir,
même avec une espèce de plaisir en pensant au bonheur qui m'attend.
Voilà comment je le représente:
Après un nombre indéterminé d'années, ni jeune, ni vieux, je suis
à Yásnaya; mes affaires sont en ordre, je n'ai pas d'inquiétudes,
ni de tracasseries. Vous habitez Yásnaya aussi. Vous avez un peu
vieillie, mais êtes encore fraîche et bien portante. Nous menons
la vie que nous avons menée,--je travaille le matin, mais nous
nous voyons presque toute la journée. Nous dînons. Le soir je fais
une lecture qui ne vous ennuie pas, puis nous causons--moi je vous
raconte ma vie au Caucase, vous me parlez de vos souvenirs--de mon
père, de ma mère, vous me contez des '_terrible tales_' que jadis
nous écoutions les yeux effrayés et la bouche béante. Nous nous
rappelons les personnes qui nous ont été chères et qui ne sont
plus; vous pleurerez, j'en ferai de même, mais ces larmes seront
douces; nous causerons des frères qui viendront nous voir de temps
en temps, de la chère Marie qui passera aussi quelques mois de
l'année a Yásnaya qu'elle aime tant, avec tous ses enfants. Nous
n'aurons point de connaissances--personne ne viendra nous ennuyer
et faire des commérages. C'est un beau rêve, mais ce n'est pas
encore tout ce que je me permets de rêver.--Je suis marié--ma
femme est une personne douce, bonne, aimante; elle a pour vous
le même amour que moi; nous avons des enfants qui vous appellent
grandmaman; vous habitez la grande maison en haut, la même chambre
que jadis habitait grandmaman. Toute la maison est dans le même
ordre qu'elle a été du temps de papa et nous recommençons la
même vie, seulement en changéant de rôle; vous prenez le rôle de
grandmaman, mais vous êtes encore meilleure; moi le rôle de papa,
mais je désespère de jamais le mériter; ma femme celui de maman,
les enfants le nôtre; Marie le rôle des deux tantes, leurs malheurs
exceptés.... Mais il manquera un personnage pour prendre le rôle
que vous avez joué dans notre famille; jamais il ne se trouvera une
âme aussi belle, aussi aimante que la vôtre. Vous n'avez pas de
successeur. Il y aura trois nouveaux personnages, qui paraîtront
de temps en temps sur la scène--les frères, surtout l'un qui
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