The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part IIIHakluyt, Richard
History
The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part III
Hakluyt, Richard
Discoveries in geography -- English; Voyages and travels
Nous voyageâmes ainsi deux journées dans le désert, sans y rien voir
absolument qui mérite d'être raconté. Seulement un matin, avant le lever du
soleil, j'aperçus courir un animal à quatre pattes, long de trois pieds
environ, et qui n'avoit guère en hauteur plus qu'une palme. A sa vue nos
Arabes s'enfuirent, et la bête alla se cacher dans une broussaille qui se
trouvoit là. Messire André et Pierre de Vaudrey mirent pied à terre, et
coururent à elle l'épée en main. Elle se mit à crier comme un chat qui voit
approcher un chien. Pierre de Vaudrey la frappa sur le dos de la pointe dé
son épée; mais il ne lui fit aucun mal, parce qu'elle est couverte de
grosses écailles, comme un esturgeon. Elle s'élança sur messire André, qui
d'un coup de la sienne lui coupa la cou en partie, la tourna sur le dos,
les pieds en l'air, et la tua. Elle avoit la tête d'un fort lièvre, les
pieds comme les mains d'un petit enfant, et une assez longue queue,
semblable à celle des gros verdereaux (lézards verts). Nos Arabes et notre
trucheman nous dirent qu'elle étoit fort dangereuse. [Footnote: D'après la
description vague que donne ici la Brocquière, il paroît que l'animal dont
il parle est le grand lézard appelé monitor, parce qu'on prétend qu'il
avertit da l'approche du crocodile. Quant à la terreur qu'en avoient les
Arabes, elle n'étoit point fondée.]
A la fin de la seconde journée je fus saisi d'une fièvre ardente, si forte
qu'il me fut impossible d'aller plus loin. Mes quatre compagnons, bien
désolés de mon accident, me firent monter un âne, et me recommandèrent à un
de nos Arabes, qu'ils chargèrent de me reconduire à Gaza, s'il étoit
possible.
Cet homme eut beaucoup soin de moi; ce qui ne leur est point ordinaire
vis-à-vis des chrétiens. Il me tint fidèle compagnie, et me mena le soir
passer la nuit dans un de leurs camps, qui pouvoit avoir quatre-vingts et
quelques tentes, rangées en forme de rues. Ces tentes sont faites avec deux
fourches qu'on plante en terre par leur gros bout à une certaine distance
l'une de l'autre. Sur les deux fourches est posée en traverse une perche et
sur la perche une grosse couverture en laine ou en gros poil.
Quand j'arrivai, quatre ou cinq Arabes de la connoissance du mien vinrent
au devant de nous. Ils me descendirent de mon âne, me firent coucher sur un
matelas que je portois, et là, me traitant à leur guise, ils me pétirent et
me pincèrent tant avec les [Footnote: C'est ce que nous appelons masser.
Cette méthode est employée dans beaucoup de contrées de l'Orient pour
certaines maladies.] mains que, de fatigue et de lassitude, je m'endormis
et reposai six heures.
Pendant tout ce temps aucun d'eux ne me fit le moindre déplaisir, et ils ne
me prirent rien. Ce leur étoit cependant chose bien aisée; et je devois
d'ailleurs les tenter, puisque je portois sur moi deux cents ducats, et que
j'avois deux chameaux chargés de provisions et de vin.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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