The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part IIIHakluyt, Richard
History
The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part III
Hakluyt, Richard
Discoveries in geography -- English; Voyages and travels
De là ledit garde me mena voir les waguebonnes, [Footnote: Waguebonne,
sorte de chariot ou de tour ambulante pour les combats.] que mondit
seigneur avoit fait construire pour combattre les Bohémiens. Je n'en vis
aucun qui pût contenir plus de vingt hommes; mais on me dit qu'il y en
avoit un qui en porteroit trois cents, et auquel il ne falloit pour le
traîner que dix-huit chevaux.
Je trouvai à la cour monseigneur de Valse, gentil chevalier, et le plus
grand seigneur de l'Autriche après le duc; j'y vis messire Jacques
Trousset, joli chevalier de Zoave (Souabe): mais il y en avoit un autre,
nommé le Chant, échanson né de l'Empire, qui, ayant perdu à la bataille de
Bar un sien frère et plusieurs de ses amis, et sachant que j'étois à
monseigneur le duc, me fit épier pour savoir le jour de mon départ et me
saisir en Bavière lorsque j'y passerois. Heureusement pour moi monseigneur
d'Autriche fut instruit de son projet. Il le congédia, et me fit rester à
Vienne plus que je ne comptois, pour attendre le départ de monseigneur de
Valse et de messire Jacques, avec lesquels je partis.
Pendant mon séjour j'y vis trois de ces joutes dont j'ai parlé, à petits
chevaux et à selles basses. L'une eut lieu à la cour, et les deux autres
dans les rues; mais à celles-ci, plusieurs de ceux qui furent renversés
tombèrent si lourdement qu'ils se blessèrent avec danger.
Mondit seigneur d'Autriche me fit offrir en secret de l'argent. Je reçus
les même offres de messire Albert et de messire Robert Daurestof, grand
seigneur du pays, lequel, l'année d'auparavant, étoit allé en Flandre
déguisé, et y avoit vu mondit seigneur le duc, dont il disoit beaucoup de
bien. Enfin j'en reçus de trèsvives d'un poursuivant Breton-bretonnant
(Bas-Breton) nommé Toutseul, qui, après avoir été au service de l'amiral
d'Espagne, étoit à celui de mondit seigneur d'Autriche. Ce Breton venoit
tous les jours me chercher pour aller à la messe, et il m'accompagnoit
par-tout où je voulois aller. Persuadé que j'avois dû dépenser en route
tout ce que j'avois d'argent, il vint, peu avant mon départ, m'en présenter
cinquante marcs qu'il avoit en émaux. Il insista beaucoup pour que je les
vendisse à mon profit; et comme je refusois également de recevoir et
d'emprunter, il me protesta que jamais personne n'en sauroit rien.
Vienne est une ville assez grande, bien fermée de bons fossés et de hauts
murs, et où l'on trouve de riches marchands et des ouvriers de toute
profession. Au nord elle a le Danube qui baigne ses murs. Le pays aux
environs est agréable et bon, et c'est un lieu de plaisirs et d'amusemens.
Les habitans y sont mieux habillés qu'en Hongrie, quoiqu'ils portent tous
de gros pourpoints bien épais et bien larges.
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