The Three Voyages of William Barents to the Arctic Regions (1594, 1595, and 1596)Veer, Gerrit de
History
The Three Voyages of William Barents to the Arctic Regions (1594, 1595, and 1596)
Veer, Gerrit de
Barentsz, Willem, approximately 1550-1597; Northeast Passage
Considerant en moy mesme qu’ils avoient passé plus de dix semaines
dans un jour perpetuel sans avoir eu aucune nuict, & que pendant un
si long espace de temps le ciel n’avoit pas tousjours esté si clair
qu’on pût, à la faveur de sa lumière, marquer & compter exactement
chaque tour que le Soleil faisoit à l’entour de la terre, je leur
demandois s’ils estoient bien asseurez, qu’il fust le IV de
Novembre lors qu’ils perdirent de veuë le Soleil, d’autant qu’il
estoit en ce temps-là plus de 15 degrez vers le Sud par delà la
ligne; ils me respondirent qu’ils avoyent tousjours eu devant eux
leurs horologes, & leurs sables, en sorte qu’ils n’avoyent pas le
moindre sujet de douter de cette verité. Je m’enquestay de plus, si
leurs horologes, ou leurs monstres, n’avoient jamais manqué, ou
s’ils n’avoyent jamais trouvé leurs sables vuides; & voulus outre
cela sçavoir d’eux, de combien la Lune estoit âgée lors que le
Soleil leur avoit failly: ils demeurerent court à cette
interrogation; ce qui me donna lieu de croire qu’ils n’avoyent pas
bien compté les jours, & que la supputation qui leur marquoit pour
le IV de Novembre, le jour que le Soleil commença à s’absenter
d’eux, estoit fausse. Mais supposé, dis-je, que vous ayez si bien
rencontré dans vostre calcul qu’il fust alors le IV de Novembre,
que mesme vous ayez avec tres-grande justesse compassé tous les
jours d’Esté, d’où pouvez vous tirer certaine asseurance de ne vous
estre pas mesconté d’un seul jour pendant l’Hyver, que la nuit
duroit des onze semaines entieres, puisque vous demeuriez la
pluspart du temps comme ensevelis dans vostre maisonnette, & que
pour la crainte des extremes froidures, des tourbillons de neiges &
des autres rigueures, auxquelles ce climat est exposé durant une si
rude saison, vous n’osiez tant seulement mettre le nez dehors, & ne
pouviez par consequent voir ny Soleil, ny Lune, ny Estoilles.
Gerard de Veer me respondit, qu’ils avoyent perpetuellement veu
l’estoille Polaire par le trou de leur cheminée, par où ils avoyent
encor remarqué tres-distinctement tous les tours que la grande
Ourse faisoit à l’entour de ce Pole; joint qu’ils avoyent tousjours
eu devant eux des monstres, des horologes, & des sables, auxquels
ils prenoyent tres-soigneusement garde tous les jours. Je ne voulus
pas entrer en dispute avec luy là dessus, mais je ne pûs prendre
ses raisons pour argent comptant, & je n’en demeuray nullement
persuadé, veu mesme qu’en Esté ils estoyent assez empeschez à se
defendre de l’attaque des Ours, ainsi qu’ils disoient; & en Hyver
souvent occupez à la chasse des renards: de sorte que, selon mon
advis, ils n’avoient pas tousjours le loisir de vaquer comme il
faut aux observations celestes, ny de gouverner leurs monstres,
horologes, & sables avec l’assiduité necessaire, lesquelles,
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