The Wise and Ingenious Companion, French and English;: or, A Collection of the Wit of the Illustrious Persons, Both Ancient and ModernBoyer, Abel
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The Wise and Ingenious Companion, French and English;: or, A Collection of the Wit of the Illustrious Persons, Both Ancient and Modern
Boyer, Abel
Anecdotes; Wit and humor
Un vieux Seigneur devint amoureux d’une jeune Demoiselle qui
servoit sa Femme: La Fragilité qui est assez ordinaire aux
Suivantes se trouvant heureusement soutenuë par les defagrémens
du Vieillard, Elle eut assez de force pour resister à ses
Sollicitations: Elle en avertit même sa Maitresse, & confirma par
ses larmes ces Temoignagnes de sa Chasteté. Il n’est pas possible,
Madame, lui dit elle, que je souffre davantage: Pour qui me prend
Monsieur? Et comment peut-il me croire capable de manquer à ce
que je dois & à vous, & à mon honneur? S’il continuë, je vous
supplie de me permettre de me retirer. La bonne Dame fort piquée
contre son Mari, & trés contente de l’honnêteté de sa Suivante,
lui dit, Ma fille, ne te mets point en peine, il ne faut pas que
tu songes à me quitter, ètant si asseurée que tu l’es de mon
Amitié. Il faut donc, Madame, reprit-elle, que vous me delivriez
des Persecutions de Monsieur. Hè bien, lui dit la Dame, il me
vient dans l’esprit un expedient fort propre pour cela: Il faut
que tu fasses semblant de t’addoueir pour lui, & qu’ensuite tu lui
donnes la nuit un Rendez-vous dans ta Chambre. Moy, Madame, lui
donner un Rendez-vous? lui dit la Demoiselle; écoute jusqu’áu bout
ce que j’ai à te dire, repliqua la Dame: Quand tu lui auras donné
l’heure, & laissé la Porte ouverte, j’irai en ta place dans ton
lit & tu passeras dans ma Chambre, & alors quand il viendra je lui
ferai tant de honte qu’il n’aura plus l’envie de te tourmenter.
La suivante executa avec soin les ordres de sa Maitresse: la nuit
venuë, le vieillard amoureux se glissa dans sa Chambre, & alla avec
empressement dans le lit où sa Femme l’attendoit. Elle ne jugea
pas à propos de le quereller d’abord, mais comme cette avanture se
passoit plus chastement qu’elle ne s’y ètoit attenduë, elle s’en
ennuya, & se resolut enfin de parler: _Quoy! n’est-ce donc que pour
cela_, lui dit elle, _que vous vous êtes donné tant de peine_? Le
Mari reconnut alors son erreur & la voix de sa Femme, _Je vous
avouë, Madame_, lui dit-il, _que mon Corps est plus sage que mon
Esprit, car il vous a reconnuë, & mon Esprit aveugle vous prenoit
pour une jolie fille_.
155
_The Widow Exchange._
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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