La clarté, la majesté, la simplicité touchante de votre style, me ravit.
Les beautés sont si frappantes, que malgré mon ignorance dans la langue
Angloise, elles n'ont pu m'échapper. Vous êtes, Monsieur, un peintre
admirable. Vos tableaux ont une grâce, un naturel, une énergie, qui
surpasse ce que l'imagination même peut attendre.
Mais quelles expressions employerai-je pour vous faire connoitre l'effet
que produit sur moi votre divine impartialité? J'avois besoin en cette
occasion de votre propre éloquence, pour bien rendre ma pensée. En
vérité je crois avoir devant les yeux l'ouvrage de quelque substance
céleste, dégagé des passions, qui pour l'utilité a daigné écrire les
évènemens de ces derniers tems.
Je n'ose ajouter, que dans tout ce qui sort de votre plume vous vous
montrez un philosophe parfait, un homme d'état, un historien plein de
génie, un politique éclairé, un vrai patriote, toutes ces sublimes
qualités sont si fort au dessus des connoissances d'une femme, qu'il me
convient peu d'en parler; et j'ai déjà grand besoin de votre indulgence
pour les fautes que j'ai commises centre la discrétion et la bienséance
par l'excès de ma vénération pour votre mérite. Je vous la demande,
Monsieur, et en même tems le plus profond secret. La démarche que je
fais a quelque chose d'extraordinaire. Je craindrois qu'elle ne
m'attirât le blâme, et je serois fâchée que le sentiment qui me l'a
dictée pût être inconnu. J'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très
humble et très obéissante servante,
HYPPOLYTE DE SAUJON, COMTESSE DE BOUFFLERS.
On me dit, Monsieur, que vous avez en vue de venir en France, à Paris.
Je souhaite bien vivement que vous exécutiez cette résolution, et
pouvoir contribuer à vous en rendre le séjour agréable.
Ce 15 Mars, 1761. A Paris.[97:A]
[97:A] MS. R.S.E.
[101:1] Private Correspondence, &c. 1-4.
[101:2] MS. R.S.E.
[101:3] Private Correspondence, 5.
[105:1] It will be observed that this is an attempt to spell those
expressions according to the pronunciation.
[107:1]
_A Paris, 16 Juin, 1762._