Brazil -- Description and travel; Geology -- Amazon River Valley
MON CHER AMI ET TRÈS HONORÉ CONFRÈRE:—Me voici depuis deux mois dans le
bassin de l’Amazone et c’est ici que j’ai eu la douleur de recevoir la
nouvelle de la mort de mon vieil ami Valenciennes. J’en suis d’autant
plus affecté que personne plus que lui n’aurait apprécié les résultats
de mon voyage, dont je me réjouissais déjà de lui faire part
prochainement. Vous concevrez naturellement que c’est à la classe des
poissons que je consacre la meilleure partie de mon temps et ma récolte
excède toutes mes prévisions. Vous en jugerez par quelques données. En
atteignant Manaos, à la jonction du Rio Negro et de l’Amazonas, j’avais
déjà recueilli plus de trois cents espèces de poissons, dont la moitié
au moins ont été peintes sur le vivant c. à. d. d’après le poisson
nageant dans un grand vase en verre devant mon dessinateur. Je suis
souvent peiné de voir avec quelle légèreté on a publié des planches
coloriées de ces animaux. Ce n’est pas seulement tripler le nombre des
espèces connues, je compte les genres nouveaux par douzaines et j’ai
cinq ou six familles nouvelles pour l’Amazone et une voisine des
Gobioides entièrement nouvelle pour l’Ichthyologie. C’est surtout parmi
les petites espèces que je trouve le plus de nouveautés. J’ai des
Characins de cinq à six centimètres et au-dessous, ornés des teintes les
plus élégantes, des Cyprinodontes, se rapprochant un peu de ceux de Cuba
et des Etats-Unis, des Scomberésoces voisins du Bélone de la
Méditerranée, un nombre considérable de Carapoides, des Raies de genres
differents de ceux de l’océan, et qui par conséquent ne sont pas des
espèces qui remontent le fleuve. Une foule de Goniodontes et de
Chromides de genres et d’espèces inédits. Mais ce que j’apprécie surtout
c’est la facilité que j’ai d’étudier les changements que tous ces
poissons subissent avec l’âge et les différences de sexe qui existent
entr’eux et qui sont souvent très considérables. C’est ainsi que j’ai
observé une espèce de Geophagus dont le mâle porte sur le front une
bosse très-saillante qui manque entièrement à la femelle et aux jeunes.
Ce même poisson a un mode de reproduction des plus extraordinaires. Les
œufs passent, je ne sais trop comment, dans la bouche dont ils tapissent
le fond, entre les appendices intérieurs des arcs branchiaux et surtout
dans une poche formée par les pharyngiens supérieurs qu’ils remplissent
complètement. Là ils éclosent et les petits, libérés de leur coque, se
développent jusqu’à ce qu’ils soient en état de fournir à leur
existence. Je ne sais pas encore combien de temps cela va durer; mais
j’ai déjà rencontré des exemplaires dont les jeunes n’avaient plus de
sac vitellaire, qui hébergeaient encore leur progéniture. Comme je
passerai environ un mois à Teffé, j’espère pouvoir compléter cette
observation. L’examen de la structure d’un grand nombre de Chromides m’a
fait entrevoir des affinités entre ces poissons et diverses autres
familles dont on ne s’est jamais avisé de les rapprocher. Et d’abord je
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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