Brazil -- Description and travel; Geology -- Amazon River Valley
me suis convaincu que les Chromides, répartis autrefois parmi les
Labroides et les Sciènoides, constituent bien réellement un groupe
naturel, reconnu à peu près en même temps et d’une manière indépendante
par Heckel et J. Müller. Mais il y a plus; les genres Enoplosus,
Pomotis, Centrarchus et quelques autres genres voisins, rangés parmi les
Percoides par tous les Ichthyologistes, me paraissent, d’ici et sans
moyen de comparaison directe, tellement voisins des Chromides que je ne
vois pas comment on pourra les en séparer, surtout maintenant que je
sais que les pharyngiens inférieurs ne sont pas toujours soudés chez les
Chromides. Et puis l’embryologie et les métamorphoses des Chromides que
je viens d’étudier m’ont convaincu que les “Poissons à branchies
labyrinthiques” séparés de tous les autres poissons par Cuvier comme une
famille entièrement isolée, à raison de la structure étrange de ses
organes respiratoires, se rattachent de très-près aux Chromides. Ce
groupe devient ainsi par ses affinités variées, l’un des plus
intéressants de la classe des poissons, et le bassin de l’Amazone paraît
être la vraie patrie de cette famille. Je ne veux pas vous fatiguer de
mes recherches ichthyologiques; permettez moi seulement d’ajouter que
les poissons ne sont point uniformément répandus dans ce grand bassin.
Déjà j’ai acquis la certitude qu’il faut y distinguer plusieurs faunes
ichthyologiques, très-nettement caractérisées; c’est ainsi que les
espèces qui habitent la rivière du Pará, des bords de la mer jusque vers
l’embouchure du Tocantins, diffèrent de celles que l’on rencontre dans
le réseau d’anastomoses qui unissent la rivière de Pará à l’Amazone
propre. Les espèces de l’Amazone, au-dessous du Xingu, diffèrent de
celles que j’ai rencontrées plus haut; celles du cours inférieur du
Xingu, diffèrent de celles du cours inférieur du Tapajos. Celles des
nombreux igarapés et lacs de Manaos diffèrent également de celles du
cours principal du grand fleuve et de ses principaux affluents. Il reste
maintenant à étudier les changements qui peuvent survenir dans cette
distribution, dans le cours de l’année, suivant la hauteur des eaux et
peut-être aussi suivant l’époque à laquelle les différentes espèces
pondent leurs œufs. Jusqu’à présent je n’ai rencontré qu’un petit nombre
d’espèces qui aient une aire de distribution très étendue. C’est ainsi
que le Sudis gigas se trouve à-peu-près partout. C’est le poisson le
plus important du fleuve; celui qui comme aliment remplace le bétail
pour les populations riveraines. Un autre problème à résoudre c’est de
savoir jusqu’à quel point les grands affluents de l’Amazone répètent ce
phénomène de la distribution locale des poissons. Je vais chercher à le
résoudre en remontant le Rio Negro et le Rio Madeira et comme je
reviendrai à Manaos, je pourrai comparer mes premières observations dans
cette localité, avec celles d’une autre saison de l’année. Adieu, mon
cher ami. Veuillez faire mes amitiés à M. Elie de Beaumont et me
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