A Selection from the Comedies of MarivauxMarivaux, Pierre Carlet de Chamblain de
General
A Selection from the Comedies of Marivaux
Marivaux, Pierre Carlet de Chamblain de
Comedy plays
Vous me scandalisez, vous dis-je! Vous etes mon parent, malheureusement;
mais je ne m'en vanterai point. N'avez-vous pas de honte? Vous parlez de
votre fortune. je la connois; elle vous met fort en etat de supporter le
retranchement d'une aussi miserable somme que celle dont il s'agit, et qui
ne peut jamais etre que mal acquise. Ah! Ciel! Moi qui vous estimois!
Quelle avarice sordide! quel coeur sans sentiment! Et de pareils gens
disent qu'ils aiment! Ah! le vilain amour! Vous pouvez vous retirer, je
n'ai plus rien a vous dire.
LE MARQUIS, _brusquement_.
Ni moi plus rien a craindre. Le billet va partir. Vous avez encore trois
heures a entretenir Hortense, apres quoi j'espere qu'on ne vous verra
plus.
LE CHEVALIER.
Monsieur, le contrat signe, je pars. Pour vous, Comtesse, quand vous y
penserez bien serieusement, vous excuserez votre parent et vous lui
rendrez plus de justice.
LA COMTESSE.
Ah! non! Voila qui est fini, je ne saurois le mepriser davantage.
SCENE XIX.
LE MARQUIS, LA COMTESSE.
LE MARQUIS.
Eh bien! suis-je assez a plaindre?
LA COMTESSE.
Eh! Monsieur, delivrez-vous d'elle et donnez-lui les deux cent mille
francs.
LE MARQUIS.
Deux cent mille francs plutot que de l'epouser! Non, parbleu! je n'irai
pas m'incommoder jusque-la; je ne pourrois pas les trouver sans me
deranger.
LA COMTESSE, _negligemment_.
Ne vous ai-je pas dit que j'ai justement la moitie de cette somme-la toute
prete? A l'egard du reste, on tachera de vous la faire.[111]
LE MARQUIS.
Eh! quand on emprunte, ne faut-il pas rendre? Si vous aviez voulu de moi,
a la bonne heure; mais, des qu'il n'y a rien a faire, je retiens la
demoiselle: elle seroit trop chere a renvoyer.
LA COMTESSE.
Trop chere! Prenez donc garde! vous parlez comme eux. Seriez-vous capable
de sentiments si mesquins? Il vaudrait mieux qu'il vous en coutat tout
votre bien que de la retenir, puisque vous ne l'aimez pas, Monsieur.
LE MARQUIS.
Eh! en aimerois-je une autre davantage? A l'exception de vous, toute femme
m'est egale. Brune, blonde, petite ou grande, tout cela revient au meme,
puisque je ne vous ai pas, que je ne puis vous avoir et qu'il n'y a que
vous que j'aimois.
LA COMTESSE.
Voyez donc comment vous ferez, car enfin est-ce une
necessite que je vous epouse a cause de la situation desagreable
oh vous etes? En verite, cela me paroit bien fort,
Marquis.
LE MARQUIS.
Oh! je ne dis pas que ce soit une necessite: vous me faites plus ridicule
que je ne le suis. Je sais bien que vous n'etes obligee a rien. Ce n'est
pas votre faute si je vous aime, et je ne pretends[112] pas que vous
m'aimiez. Je ne vous en parle point non plus.
LA COMTESSE, _impatiente, et d'un ton serieux_.
Vous faites fort bien, Monsieur; votre discretion est tout a fait
raisonnable. Je m'y attendois, et vous avez tort de croire que je vous
fais plus ridicule que vous ne l'etes.
LE MARQUIS.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
Reviews
Reviews
No reviews yet
Be the first to share your thoughts on this work.
Elsewhere in the archive
Join the Discussion
Join the discussion
Sign in to leave a comment or review.
Sign InorCreate an account