A Selection from the Comedies of MarivauxMarivaux, Pierre Carlet de Chamblain de
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A Selection from the Comedies of Marivaux
Marivaux, Pierre Carlet de Chamblain de
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Eh! laisse la ton zele, ce n'est pas la celui que je veux, ni celui qu'il
me faut; c'est de ton silence dont[109] j'ai besoin pour me tirer de
l'embarras ou je suis, et ou tu m'as jetee toi-meme: car sans toi je ne
savois[110] pas que cet homme-la m'aime, et je n'aurais que faire[111] d'y
regarder de si pres.
DUBOIS.
J'ai bien senti que j'avois tort.
ARAMINTE.
Passe encore pour la dispute; mais pourquoi s'ecrier: "Si je disois un
mot?" Y a-t-il rien de plus mal a toi?[112]
DUBOIS.
C'est encore une suite de ce zele mal entendu.
ARAMINTE.
Eh bien! tais-toi donc, tais-toi; je voudrais pouvoir te faire oublier ce
que tu m'as dit.
DUBOIS.
Oh! je suis bien corrige.
ARAMINTE.
C'est ton etourderie qui me force actuellement de te parler, sous pretexte
de t'interroger sur ce que tu sais de lui. Ma mere et monsieur le Comte
s'attendent que tu vas m'en apprendre des choses etonnantes; quel rapport
leur ferai-je a present?
DUBOIS.
Ah! il n'y a rien de plus facile a raccommoder: ce rapport sera que des
gens qui le connoissent m'ont dit que c'etoit un homme incapable de
l'emploi qu'il a chez vous, quoiqu'il soit fort habile, au moins[113]: ce
n'est pas cela qui lui manque.
ARAMINTE.
A la bonne heure; mais il y aura un inconvenient s'il en est capable[114];
on me dira de le renvoyer, et il n'est pas encore temps. J'y ai pense
depuis; la prudence ne le veut pas, et je suis obligee de prendre des
biais,[115] et d'aller tout doucement avec cette passion si excessive que
tu dis qu'il a, et qui eclateroit peut-etre dans sa douleur. Me fierois-je
a un desespere? Ce n'est plus le besoin que j'ai de lui qui me retient,
c'est moi que je menage. (_Elle radoucit le ton._) A moins que ce qu'a dit
Marton ne soit vrai, auquel cas je n'aurois plus rien a craindre. Elle
pretend qu'il l'avoit deja vue chez monsieur Remy, et que le procureur a
dit meme devant lui qu'il l'aimoit depuis longtemps, et qu'il falloit
qu'ils se mariassent. Je le voudrois.
DUBOIS.
Bagatelle! Dorante n'a vu Marton ni de pres ni de loin; c'est le procureur
qui a debite cette fable-la a Marton, dans le dessein de les marier
ensemble; et moi je n'ai pas ose l'en dedire,[116] m'a dit Dorante, parce
que j'aurois indispose contre moi cette fille, qui a du credit aupres de
sa maitresse, et qui a cru ensuite que c'etoit pour elle que je refusois
les quinze mille livres de rente qu'on m'offroit.
ARAMINTE, _negligemment_.
Il t'a donc tout conte.
DUBOIS.
Oui, il n'y a qu'un moment, dans le jardin, ou il a voulu presque se jeter
a mes genoux pour me conjurer de lui garder le secret sur sa passion, et
d'oublier l'emportement qu'il eut avec moi quand je le quittai. Je lui ai
dit que je me tairois, mais que je ne pretendois pas rester dans la maison
avec lui, et qu'il falloit qu'il sortit; ce qui l'a jete dans des
gemissements, dans des pleurs, dans le plus triste etat du monde.
ARAMINTE.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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