A Selection from the Comedies of MarivauxMarivaux, Pierre Carlet de Chamblain de
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A Selection from the Comedies of Marivaux
Marivaux, Pierre Carlet de Chamblain de
Comedy plays
Non, et vous me le repetez si souvent que je vous crois; mais pourquoi
m'en persuadez-vous? que voulez-vous que je fasse de cette pensee-la,
Monsieur? Je vais vous parler a coeur ouvert. Vous m'aimez; mais votre
amour n'est pas une chose bien serieuse pour vous. Que de ressources
n'avez-vous pas pour vous en defaire! La distance qu'il y a de vous a moi,
mille objets que vous allez trouver sur votre chemin, l'envie qu'on aura
de vous rendre sensible,[249] les amusements d'un homme de votre
condition, tout va vous oter cet amour dont vous m'entretenez
impitoyablement. Vous en rirez peut-etre au sortir d'ici, et vous aurez
raison. Mais moi, Monsieur, si je m'en ressouviens, comme j'en ai peur,
s'il m'a frappee, quel secours aurai-je contre l'impression qu'il m'aura
faite? Qui est-ce qui me dedommagera de votre perte? Qui voulez-vous que
mon coeur mette a votre place? Savez-vous bien que, si je vous aimois,
tout ce qu'il y a de plus grand dans le monde ne me toucheroit plus? Jugez
donc de l'etat ou je resterois; ayez la generosite de me cacher votre
amour. Moi qui vous parle, je me ferois un scrupule de vous dire que je
vous aime dans les dispositions ou vous etes: l'aveu de mes sentiments
pourrait exposer votre raison; et vous voyez bien aussi que je vous les
cache.
DORANTE.
Ah! ma chere Lisette, que viens-je d'entendre! Tes paroles ont un feu qui
me penetre; je t'adore, je te respecte. Il n'est ni rang, ni naissance, ni
fortune, qui ne disparoisse devant une ame comme la tienne; j'aurois honte
que mon orgueil tint encore contre toi, et mon coeur et ma main
t'appartiennent.
SILVIA.
En verite, ne meriteriez-vous pas que je les prisse? Ne faut-il pas etre
bien genereuse pour vous dissimuler le plaisir qu'ils me font? et croyez-
vous que cela puisse durer?
DORANTE.
Vous m'aimez donc?
SILVIA.
Non, non; mais, si vous me le demandez encore, tant pis pour vous.
DORANTE.
Vos menaces ne me font point de peur.
SILVIA.
Et Mario, vous n'y songez donc plus?
DORANTE.
Non, Lisette; Mario ne m'alarme plus: vous ne l'aimez point; vous ne
pouvez plus me tromper; vous avez le coeur vrai; vous etes sensible a
[250] ma tendresse, je ne saurais en douter au transport qui m'a pris;
j'en suis sur, et vous ne sauriez plus m'oter cette certitude-la.
SILVIA.
Oh! je n'y tacherai point;[251] gardez-la, nous verrons ce que vous en
ferez.
DORANTE.
Ne consentez-vous pas d'etre a moi?
SILVIA.
Quoi! vous m'epouserez malgre ce que vous etes, malgre la colere d'un
pere, malgre votre fortune?
DORANTE.
Mon pere me pardonnera des qu'il vous aura vue: ma fortune nous suffit a
tous deux, et le merite vaut bien la naissance.[252] Ne disputons point,
car je ne changerai jamais.
SILVIA.
Il ne changera jamais! Savez-vous bien que vous me charmez, Dorante.
DORANTE.
Ne genez donc plus votre tendresse, et laissez-la repondre...
SILVIA.
Enfin, j'en suis venu a bout: vous... vous ne changerez jamais?
DORANTE.
Non, ma chere Lisette.
SYLVIA.
Que d'amour!
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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