A Selection from the Comedies of MarivauxMarivaux, Pierre Carlet de Chamblain de
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A Selection from the Comedies of Marivaux
Marivaux, Pierre Carlet de Chamblain de
Comedy plays
A mille petites remarques que je fais tous les jours, et je n'en suis pas
surprise. Du caractere dont elle est, celui du Marquis doit etre de son
gout. La Comtesse est une femme brusque, qui aime a primer, a gouverner, a
etre la maitresse. Le Marquis est un homme doux, paisible, aise a
conduire; et voila ce qu'il faut a la Comtesse. Aussi ne parle-t-elle de
lui qu'avec eloge. Son air de naivete lui plait: c'est, dit-elle, le
meilleur homme, le plus complaisant, le plus sociable. D'ailleurs, le
Marquis est d'un age qui lui convient; elle n'est plus de cette grande
jeunesse:[3] il a trente-cinq ou quarante ans, et je vois bien qu'elle
seroit charmee de vivre avec lui.
LE CHEVALIER.
J'ai peur que l'evenement[4] ne vous trompe. Ce n'est pas un petit objet
que deux cent mille francs qu'il faudra qu'on vous donne si l'on ne vous
epouse pas; et puis, quand le Marquis et la Comtesse s'aimeroient, de
l'humeur dont ils sont tous deux, ils auront bien de la peine a se le
dire.
HORTENSE.
Oh! moyennant[5] l'embarras ou je vais jeter le Marquis, il faudra bien
qu'il parle; et je veux savoir a quoi m'en tenir. Depuis le temps que nous
sommes a cette campagne,[6] chez la Comtesse, il ne me dit rien. Il y a
six semaines qu'il se tait; je veux qu'il s'explique. Je ne perdrai pas le
legs qui me revient si je n'epouse point le Marquis.
LE CHEVALIER.
Mais s'il accepte votre main?
HORTENSE.
Eh! non! vous dis-je. Laissez-moi faire. Je crois qu'il espere que ce sera
moi qui le refuserai. Peut-etre meme feindra-t-il de consentir a notre
union; mais que cela ne vous epouvante pas. Vous n'etes point assez riche
pour m'epouser avec deux cent mille francs de moins: je suis bien aise de
vous les apporter en mariage. Je suis persuadee que la Comtesse et le
Marquis ne se haissent pas. Voyons ce que me diront la-dessus Lepine et
Lisette, qui vont venir me parler. L'un, est un Gascon froid,[7] mais
adroit; Lisette a de l'esprit. Je sais qu'ils ont tous deux la confiance
de leurs maitres; je les interesserai a m'instruire, et tout ira bien. Les
voila qui viennent. Retirez-vous.
SCENE II.
LISETTE, LEPINE, HORTENSE.
HORTENSE.
Venez, Lisette; approchez.
LISETTE.
Que souhaitez-vous de nous, Madame?
HORTENSE.
Rien que vous ne puissiez me dire sans blesser la fidelite que vous devez,
vous au Marquis, et vous a la Comtesse.
LISETTE.
Tant mieux, Madame.
LEPINE.
Ce debut encourage. Nos services vous sont acquis.
HORTENSE, _tire quelque argent de sa poche._
Tenez, Lisette, tout service merite recompense.
LISETTE, _refusant d'abord._
Du moins, Madame, faudroit-il savoir auparavant de quoi il s'agit.
HORTENSE.
Prenez; je vous le donne, quoi qu'il arrive. Voila pour vous, monsieur de
Lepine.[8]
LEPINE.
Madame, je serois volontiers de l'avis de Mademoiselle; mais je prends. Le
respect defend que je raisonne.
HORTENSE.
Je ne pretends vous engager en rien, et voici de quoi il est question. Le
Marquis, votre maitre, vous estime, Lepine?
LEPINE, _froidement._
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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