Vous voyez bien que je parle de lui sans haine et sans colère... que le
souvenir de ses outrages me laisse calme et tranquille... que son nom
même ne m’émeut plus!...
(_Adrienne traverse le théâtre et va se placer près du fauteuil à
gauche, entre la cheminée et la table. La porte du fond s’ouvre._)
SCÈNE II
ADRIENNE, MICHONNET, UNE FEMME DE CHAMBRE
LA FEMME DE CHAMBRE
Un coffret qu’on apporte pour madame.
ADRIENNE
Qui l’a apporté?
LA FEMME DE CHAMBRE
Un domestique sans livrée, qui a dit seulement: De la part de M. le
comte de Saxe.
ADRIENNE, _poussant un cri_
De lui!... (_Prenant le coffret des mains de la femme de chambre._)
Laissez-nous... laissez-nous... (_La femme de chambre sort et Adrienne
pose le coffret sur la table et s’assied toute tremblante._) Ah! mon
Dieu!... que peut-il me vouloir? ma main tremble... et je ne puis
ouvrir...
MICHONNET, _à part_
Et elle croit qu’elle ne l’aime plus!...
ADRIENNE, _vivement_
Voyons! voyons! (_Poussant un cri de douleur._) Ah!
MICHONNET, _vivement_
Qu’est-ce donc?...
ADRIENNE
En ouvrant ce coffret... j’ai éprouvé une sensation douloureuse... un
souffle glacial qui parcourait mes sens... c’était comme un présage du
coup qui m’attendait...
MICHONNET
Que contient donc cette boîte?
ADRIENNE
Mon bouquet! (_Le prenant à la main._) Je le reconnais... celui qu’hier
je tenais à la main lors de son arrivée! demandé par lui... donné par
moi comme un gage d’amour... il pouvait le dédaigner, l’oublier, le
jeter à l’écart! mais me le renvoyer... exprès!... mais joindre
l’affront au mépris...
MICHONNET
Cela ne vient pas de lui, c’est cette rivale qui l’aura forcé!
ADRIENNE, _se levant avec indignation_
Devait-il obéir? et tout esclave qu’il est, ne devait-il pas se révolter
à l’idée seule d’insulter celle qu’il a aimée! (_Retombant sur le
fauteuil près de la cheminée en tenant à la main le bouquet de fleurs
qu’elle regarde quelque temps en silence._) Fleurs d’un jour, hier si
éclatantes, aujourd’hui flétries, vous qui aurez duré plus longtemps
encore que ses promesses! pauvres fleurs, reçues par lui avec tant
d’ivresse et de joie, vous ne pouviez plus rester sur ce cœur où il vous
avait placées et dont une autre m’a bannie! Exilées et dédaignées comme
moi, je cherche en vain sur vos feuilles la trace des baisers qu’il y
imprimait!... que celui-ci soit le dernier que vous recevrez, celui d’un
adieu éternel! (_Elle porte avec force le bouquet à ses lèvres._) Oui...
oui... il me semble que c’est celui de la mort! et maintenant... qu’il
ne reste plus rien de vous, ni de mon amour...
(_Elle jette le bouquet dans la cheminée._)
MICHONNET
Adrienne!... Adrienne!...
ADRIENNE, _se levant et s’appuyant sur le marbre de la cheminée_
Ne craignez rien! (_Portant la main à son cœur._) Cela va mieux!
(_Regardant du côté de la cheminée._) Je suis forte maintenant... je n’y
pense plus!...
SCÈNE III
ADRIENNE, MICHONNET, MAURICE, _se précipitant par la porte du fond_
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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