votre pensée sur la sévérité de la politique commerciale suivie par des
nations voisines, vous vous direz qu’une seule voie de salut reste à
notre industrie la possession de notre marché intérieur. Vous nous le
donnerez, Messieurs, en retirant aux étrangers la part que la fraude
leur a jusqu’à présent laissé prendre, ou vous nous adjoindrez à un
plus grand territoire.
Nous vous prions donc de nous assurer, mais de nous assurer par des
moyens efficaces, ce qui est notre droit légitime, c’est-à-dire la
possession du seul marché qui nous reste, ou d’y suppléer soit par
une réunion douanière avec la France, soit par l’accession à la ligue
commerciale allemande. C’est notre seul espoir de salut. Nous vous
prions encore de vous occuper de cette situation sans retard, nos
souffrances sont vives, elles durent depuis long-temps; si contre
toute attente l’impossibilité de nous secourir devait être finalement
reconnue, comme dernière faveur, nous demanderions qu’on voulût bien
nous le dire. Nous en profiterions pour abréger notre longue agonie, et
pour en finir avec les sacrifices, avec ces luttes dans lesquelles nous
dissipons à la fois notre temps et nos capitaux. Ainsi, Messieurs,
c’est encore un service que vous nous rendrez si par votre intervention
nous obtenons que le Gouvernement s’explique.
Mais nous en sommes convaincus nous n’aurons pas fait un appel inutile
à vos lumières pas plus qu’à votre patriotisme: vous le savez et
jamais votre cœur ne l’oubliera, de l’existence de nos établissements
dépendent directement plus de 10,000 familles, plus de 50,000 individus
y compris les hommes, les femmes et les enfants; ils appartiennent à
toutes les provinces; aux campagnes tout aussi bien qu’aux villes; et
vous sentirez que si ce moyen de travail leur était enlevé, il serait
absolument impossible de leur en procurer un autre. Vous sentirez
donc la nécessité de réunir vos efforts pour conserver à la Belgique
une branche d’industrie qu’une volonté ferme sauvera, et qui n’attend
qu’une resolution vigoureuse pour grandir, et s’affranchir du tribut
qu’elle paie à l’étranger.
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