Plus la mévente est générale chez nos voisins et plus l’inconvénient
que nous signalons devient ruineux pour notre pays. Nous souffrons de
nos crises, nous souffrons encore plus de celles de l’étranger; car si
jusqu’à un certain point, on peut avec de la sagacité voir venir les
premières, comment prévoir les secondes? En ce moment ce n’est pas à
1 fr. 50, ni à 1 fr. 25 l’aune que les impressions de Mulhouse sont
offertes en Belgique, on les obtient facilement à 1 fr. 10 l’aune de
France, faisant l’équivalent de 64 centimes pour l’aune de Brabant;
et c’est à ce prix avili que des voyageurs, après les avoir fait
entrer moyennant 8½ p. c. de prime de fraude, transport compris,[17]
les colportent dans les villes et dans les plus petits villages de
la Belgique. Que sert aux fabricants, contre de pareils débordements
d’étoffes, et leur vigilance, et leur rigidité, et leur économie,
et leur esprit d’ordre et de calcul. Ils ne peuvent qu’affirmer
sans crainte que personne puisse les démentir, que de pareils prix
présentent de la perte sur le prix de revient des étoffes qu’ils
fabriquent et impriment.
A ceux qui leur reprochent de ne pas s’occuper assez d’exportation,
tout ce qui précède peut déjà répondre; mais qui donc pourrait
méconnaître que, pour exporter avec fruit, il faut être assuré d’abord
d’un certain débit sur le marché intérieur? Le marché intérieur est
donc indispensable, et pour les fabricants belges, c’est justement ce
qui leur manque.
L’Industrie Cotonnière avait dans les Indes Néerlandaises un débouché
que les faveurs spéciales, accordées au pavillon et aux produits des
Pays-Bas, devait rendre exclusif à son profit. Tout le trop plein de
la fabrication intérieure s’écoulait donc vers ces contrées, dont
la consommation s’accroissait de jour en jour. Le marché intérieur
venait-il à être surchargé de marchandises, soit par un excès de
production, soit par une introduction surabondante de fabricants
étrangers, le fabricant cessant de produire pour la consommation
indigène, allait écouler à Java ce qu’il avait en magasin, sans être
obligé de suspendre ses travaux. Dans le même temps le marché de la
Hollande toute entière, où se trouvent 2 millions ½ de consommateurs,
lui était ouvert en concurrence avec l’étranger. Quelques préférences
lui étaient pourtant accordées. Aujourd’hui le débouché des Indes
Orientales est perdu, celui de la Hollande se perd tous les jours,
parce que nous y retrouvons comme en Belgique le trop plein, les
queues de partie de la France et de l’Angleterre; naguère encore nous
avons perdu dans le Limbourg et le Luxembourg 350,000 concitoyens
et consommateurs. Voilà les faits dans toute leur vérité. Comment
après cela soutenir encore que la situation actuelle de l’Industrie
Cotonnière est tolérable, qu’elle est meilleure qu’en 1830. Encore une
fois, MM. les Représentants, votre bon sens, votre patriotisme, se
soulèveront contre d’aussi grossières erreurs. Et reportant ensuite
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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