“Depuis l’établissement de la religion protestante en divers pays de
l’Europe, on ne connaît aucun peuple qui, devant être gouverné par un
prince d’une religion différente de la sienne, n’ait pris auparavant
toutes les précautions possibles pour mettre l’exercice libre de son
culte, tous les droits _et priviléges qui y étaient attachés_, hors de
toute atteinte de la part du souverain.”
A l’appui de cette proposition MM. les vicaires-généraux citent
plusieurs exemples choisis dans l’histoire d’Allemagne.
“Les Belges, disent-ils ensuite, sont d’autant plus fondés à solliciter
des hautes puissances cet acte de justice, que:
I. La religion luthérienne et la réformée ne sont, à proprement
parler, que _tolérées_ en Allemagne par les constitutions de l’empire
germanique, ainsi que la religion catholique, attendu qu’il répugne au
bon sens d’approuver des religions qui se contredisent. Mais dans la
Belgique, la religion catholique a été constamment et authentiquement
approuvée de tout temps.--Les Belges sont donc à bien plus forte
raison fondés à invoquer un droit de garantie formel en faveur d’une
religion qui n’a jamais cessé d’être la leur depuis leur conversion au
christianisme, et dont l’exercice _exclusif_ leur a été constamment
assuré par les traités les plus solennels.
II. Tel est d’ailleurs le véritable intérêt de S. A. R. le prince
d’Orange; car, on ne peut le dissimuler, une assez longue expérience
a prouvé combien les Belges sont attachés à leur religion et en
même temps très chatouilleux sur cet article.... Dès le règne de
Marie-Thérèse ils eurent à se plaindre plusieurs fois de l’influence
de la philosophie moderne sur les mesures de l’administration. On sait
que Joseph II, n’ayant plus gardé de mesure, employa vainement des
voies d’autorité pour obliger les Belges à adopter ses nouveaux plans
_inconciliables avec l’indépendance de la jurisdiction ecclésiastique,
et qu’après une assez longue lutte ils en vinrent enfin jusqu’à secouer
ouvertement le joug_. Un prince plus puissant et plus redoutable ne
réussit pas mieux à subjuguer leurs esprits. La terreur de son nom
et la multitude de ses troupes aguerries maintinrent les Belges dans
la dure oppression; mais il ne parvint jamais à leur faire recevoir
les institutions impériales, celles de l’université, le catéchisme de
l’empire, ni même les quatre articles du clergé de France.... On ne
peut nier que S. A. R. le prince d’Orange ne réunisse en sa personne
toutes les qualités propres à lui concilier les cœurs de ses nouveaux
sujets. Mais les qualités les plus distinguées et les plus aimables
d’un souverain ne sauraient être pour le peuple qu’il doit gouverner,
une garantie suffisante de la conservation de ses droits en matière
de religion. Il n’est pas impossible que ses successeurs ne soient
pas aussi favorablement disposés que lui. D’ailleurs les principaux
dépositaires de son autorité, ne peuvent-ils pas exercer sur l’esprit
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