Canada -- History -- Sources; Great Britain -- History -- Sources
La colonie de la Nouvelle-France peut comprendre environ 40,000
personnes de tout âge et de tout sexe, sur lesquelles il se trouve
dix mille hommes en estat de porter les armes. Les Canadiens sont
naturellement grands, bien faits, d'un tempérament vigoureux. Comme
les arts n'y sont point gênés par des maîtrises, et que dans les
commencements de l'établissement de la colonie les ouvriers étoient
rares, la nécessité les a rendus industrieux de génération en
génération. Les habitans des campagnes manient tous adroitement la
hache. Ils font eux-mêmes la pluspart des outils et ustensiles de
labourage, bâtissent leurs maisons, leurs granges. Plusieurs sont
tisserans, font de grosses toiles et des étoffes qu'ils appellent
droguet, dont ils se servent pour se vêtir eux et leur famille.
Ils aiment les distinctions et les caresses, se piquant de
bravoure, sont extrêmement sensibles aux mépris et aux moindres
punitions: ils sont intéressés, vindicatifs, sont sujets à
l'ivrognerie, font un grand usage de l'eau-de-vie, [et] passent
pour n'être pas véridiques.
Ce portrait convient au grand nombre particulièrement aux gens de
la campagne. Ceux des villes sont moins vicieux. Tous sont attachés
à la religion. On voit peu de scélérats. Ils sont volages, ont trop
bonne opinion d'euxmêmes, ce qui les empêche de réussir comme ils
pourroient le faire dans les arts, l'agriculture et le commerce.
Joignons à cela l'oisiveté à laquelle la longueur et la rigueur
de l'hiver donne occasion. Ils aiment la chasse, la navigation,
les voyages et n'ont point l'air grossier et rustique de nos
paysans de France. Ils sont communément assez souples lorsqu'on
les pique d'honneur et qu'on les gouverne avec justice, mais ils
sont naturellement indociles. Il est nécessaire de fortifier de
plus en plus l'exacte subordination qui doit estre dans tous les
ordres, particulièrement dans les gens de la campagne. Cette
partie du service a esté de tout temps la plus importante et la
plus difficile à remplir. Un des moyens pour y parvenir est de
choisir pour officiers dans les costes les habitans les plus
sages et les plus capables de commander, et d'apporter de la part
du gouvernement toute l'attention convenable pour les maintenir
dans leur autorité. On ose dire que le manque de fermeté dans les
gouvernemens passés a beaucoup nui à la subordination. Depuis
plusieurs années les crimes ont esté punis, les désordres ont été
reprimés par des châtiments proportionés. La police par rapport aux
chemins publics, aux cabarets, etc., a esté mieux observée et en
général les habitants ont esté plus contenus qu'ils ne l'estoient
autrefois. Il y a quelques familles nobles en Canada, mais elles
sont si nombreuses qu'il y a beaucoup de gentilshommes.
10. THE SUPPOSED WHITE MEN OF THE PRAIRIES (1738).
=Source.=--The Journal of the French explorer, the Sieur de La
Vérendrye, describing an expedition to the Missouri in 1738-9.
Printed in the _Report on Canadian Archives_, 1889.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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