Collections and RecollectionsRussell, George William Erskine
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Russell, George William Erskine
England -- Social life and customs -- 19th century
C'est par le mouvement religieux, issu d'Oxford il y a bientôt
soixante-dix ans, que la transformation fut opérée. Par le mouvement
religieux, qui fut admirable, et aussi par le mouvement politique où la
Révolution et la France jouèrent un rôle prépondérant. Ces deux facteurs
ont puissamment contribué à remodeler l'Angleterre.
La passion politique était vive: et pendant un temps, tout l'intérêt se
concentra sur ce qui se passait en France. Tous les esprits qui avaient
à coeur la liberté civile et la liberté religieuse, tous ceux que
l'impéritie et la suffisance de la classe aristocratique dégoûtaient,
tous ceux qui voyaient avec mépris ce que l'Eglise avait pu faire de la
religion, avaient embrassé la cause de la France révolutionnaire. Fox, à
la prise de la Bastille, s'exclamait: "C'est le plus grand événement qui
se soit passé au monde, et c'en est le meilleur." Il croyait que tout
serait fini avec le démantèlement de la vieille forteresse symbolique et
ne prévoyait pas qu'elle pouvait être sitôt reconstituée: l'idée que le
peuple serait assez bête pour se forger, bénévolement, des chaînes pour
s'entraver lui-même ne lui était point apparue. Par contre, Burke était
pessimiste. Il ne voyait là que "la vieille férocité parisienne," et se
demandait si, après tout, ce peuple n'est pas impropre à la liberté, et
s'il n'a pas besoin d'une main vigoureuse pour le contenir. Il était
pessimiste et autoritaire: aussi eut-il beaucoup d'adhérents; et Pitt
bientôt se joignit à lui, au moins dans la haine des révolutionnaires.
Son humiliation fut une joie profonde pour les whigs qui suivaient Fox:
et il est intéressant de voir que, pour beaucoup, la défaite de Pitt
comptait plus que celle de Napoléon. Il y avait des whigs jusque dans la
famille royale, et ils étaient pleins d'ardeur. Au reste la cause était
belle: c'était celle de la liberté contre l'autorité. "Nos adversaires,"
s'écriait Lord John Russell, "nous cassent le tympan avec le cri: 'Le
roi et l'Eglise.' Savez-vous ce qu'ils entendent par là? C'est une
Eglise sans évangile et un roi qui se met au-dessus de la loi."
Oxford--clérical et littéraire--était tory; Cambridge, scientifique, qui
avait eu Newton et attendait Darwin, était whig. Il est bon que la
politique inspire de telles passions: car, au total, c'est la lutte
entre les principes fondamentaux, et l'enjeu est de nature telle que nul
n'a le droit de se désintéresser de la partie. Car l'enjeu ce sont les
hommes mêmes, leurs privilèges et leurs droits, et s'ils se
désintéressent, ils n'ont que ce qu'ils méritent le jour où la force
s'appesantit sur eux brutalement.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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