Collections and RecollectionsRussell, George William Erskine
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Russell, George William Erskine
England -- Social life and customs -- 19th century
Bismarck, qui s'y connaissait, avait une haute opinion de Disraeli,
"Salisbury est sans importance," disait-il durant le congrès de Berlin:
"ce n'est qu'une baguette peinte pour ressembler à du fer. Mais ce vieux
juif--Disraeli--s'entend aux affaires."
Un amusant épisode se rapporte au même congrès, et au même "vieux juif."
Lord Beaconsfield arriva à Berlin la veille de l'ouverture, et
l'ambassade anglaise le reçut avec beaucoup d'apparat. Dans le courant
de la soirée un des secrétaires vint trouver Lord Odo Russell qui était
l'ambassadeur en ce moment et lui dit:
"Nous sommes dans un terrible embarras. Vous seul pouvez nous en tirer.
Le vieux chef a résolu d'ouvrir le congrès avec un discours en
français.... Il a rédigé une longue oraison, en français, et il l'a
apprise par coeur. Il ouvrira les écluses demain. L'Europe entière va se
moquer de nous: sa prononciation est exécrable. Nous perdrions nos
places à vouloir le lui dire: voulez-vous nous tirer d'affaire?"
"La mission est délicate," fit Lord Odo: "mais j'aime les missions
délicates. Je vais voir ce que je puis faire."
Il alla rejoindre Dizzy dans la chambre à coucher d'honneur de
l'ambassade.
"Mon cher lord," dit-il, "une terrible rumeur est arrivée jusqu'à mes
oreilles."
"Vraiment, qu'est-ce donc?"
"On nous dit que vous avez l'intention d'ouvrir demain les travaux du
congrès en français."
"Eh bien! et après?"
"Ce qu'il y a, c'est que nous savons tous que nul en Europe n'est mieux
en état de ce faire. Mais, à tout prendre, faire un discours en français
est un tour de force banal. Il y aura au congrès au moins une
demi-douzaine d'hommes qui pourraient en faire autant, presque aussi
bien. Mais, d'un autre côté, qui donc, hormis vous, pourrait prononcer
un discours en anglais? Tous ces plénipotentiaires sont venus des
différentes cours d'Europe dans l'expectative du plus grand régal
intellectuel de leur existence: entendre parler en anglais par le maître
le plus éminent de la langue. La question est de savoir si vous les
voulez désappointer?..."
Dizzy écouta avec attention, mit son monocle, considéra Lord Odo, et dit
enfin:
"11 y a un argument sérieux dans ce que vous me dites là. Je vais y
réfléchir."
Et il y réfléchit si bien que le lendemain il ouvrait le congrès en
langue anglaise. Avait-il réellement avalé la flatterie, ou bien
avait-il compris--fût-ce vaguement--son infériorité en français? On ne
sait; mais un flatteur tel que lui devait avoir quelque méfiance; et la
seconde hypothèse est sans doute la plus exacte.
Autre anecdote. Il dînait un jour à côté de la princesse de Galles, et
se blessa le doigt en voulant couper du pain trop dur. La princesse,
pleine de grâce, entoura le doigt de son propre mouchoir. Et Dizzy, avec
à-propos, de s'exclamer:
"Je leur ai demandé du pain, et c'est une pierre qu'ils m'ont
donnée.... Mais j'ai eu une princesse pour panser mes plaies."
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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