“Danton arrive à Paris en 1780 dans la voiture du messager
d’Arcis-sur-Aube, qui était l’ami de sa famille, et qui voulut lui faire
la conduite gratuitement. Il se logea à l’auberge du _Cheval noir_,
tenue rue Geoffroy-Lasnier par un nommé Layron, qui était l’hôte le plus
fréquenté par les Champenois. Danton avait très peu de fonds, et il dut
se mettre immédiatement au travail: il entra chez un procureur appelé
Vinot. Ce procureur commença par lui demander un modèle de son écriture,
qu’il ne trouva pas belle. Les procureurs de ce temps-là voulaient de ces
écritures promptes et faciles, propres à produire de larges grosses, de
longues requêtes. Le jeune Champenois déclara franchement _qu’il n’était
pas venu pour être copiste_. Ce ton d’assurance imposa au procureur
Vinot. Il dit: _J’aime l’aplomb, il en faut dans notre état_.
“Danton fut admis comme clerc, avec la nourriture et le logement. Il
étudia la procédure non sans quelque dégoût; il fut chargé, comme on
dit dans le métier, _de faire le palais_. C’est la première initiation
des jeunes clercs aux affaires. Elle commence à les mettre en relation
avec les choses et les personnes du monde judiciaire, et leur donne
les éléments de la pratique par de petits plaidoyers sommaires et
des explications contradictoires qui leur ouvrent les idées et leur
apprennent à se conduire dans le labyrinthe où ils sont destinés à vivre.
“Danton remplissait sa fonction de clerc avec intelligence et exactitude;
ses récréations les plus habituelles étaient toujours l’escrime, la
paume et la natation, sa passion favorite! dont il usait fréquemment;
c’était le besoin même de son tempérament. Il était assez habile à cet
exercice pour être cité au premier rang; il y trouva un encouragement
digne de son émulation. Il sauva plusieurs fois de la mort des camarades
qui auraient péri s’il n’était venu au secours de leur imprudence et de
leur faiblesse. Quelques-uns d’entre eux ont raconté les tours de force
véritables que Danton exécutait dans les courants les plus difficiles de
la rivière. De l’endroit même où ils prenaient leurs ébats, on voyait
les tours de la Bastille, et plus d’une fois les baigneurs ont entendu
Danton, dressant sa tête comme un triton, jeter une menace du côté de la
prison d’État et s’écrier de sa voix vibrante: _Ce chateau fort suspendu
sur notre tête m’offusque et me gêne. Quand le verrons-nous abattu? Pour
moi, ca jour là, j’y donnerais un fier coup de pioche!_
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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