“Les constitutions les plus robustes sont souvent les plus exposées,
parce que cette exubérance de force donne plus de sécurité. Danton, à la
suite d’une double partie de natation et d’escrime, fut encore atteint
d’une grave maladie. Longtemps retenu au lit, alors que son corps était
réduit à l’inaction, il ne pouvait se livrer à ses exercices habituels,
mais son imagination ne restait point inactive. Avec son infatigable
ardeur de lecture, il s’obstina à lire _l’Encyclopédie_ tout entière,
et il avait achevé ce labeur si considérable avant que la convalescence
fût terminée. Il trouvait encore le temps de lire les grands publicistes
dont les principes et la morale politique commençaient à devenir les
guides du siècle. Montesquieu qu’il devait souvent citer, fut de sa part
l’objet d’une étude tout particulière, et, après avoir lu _l’Esprit des
lois_, il disait: _Quel horizon nouveau s’ouvre devant moi! Je n’ai
qu’un regret, c’est de retrouver dans l’écrivain qui vous porte si loin
et si haut, le président d’un parlement._ De Montesquieu, Danton passa
bientôt à Voltaire, à J.-J. Rousseau, puis à Beccaria, qui apparaissait
alors. Danton ne tarda pas à savoir par cœur l’admirable petit ouvrage
de cet auteur, le traité _Des délits et des peines_, qui allait réformer
la législation criminelle du monde; afin de se préparer des couleurs de
style pour le jour où il aurait à parler aux foules, afin d’apprendre,
à revêtir les questions sociales des belles images de la nature, Danton
étudia particulièrement l’_Histoire naturelle_ de Buffon: au moyen de
sa puissante mémoire il en retenait et récitait des pages entières.
Voilà d’amples provisions d’instruction qui pourront trouver un jour un
utile emploi dans la carrière de l’homme public! Tout en dédaignant la
littérature frivole et n’ayant jamais lu de romans que les chefs-d’œuvre
consacrés qui sont des peintures de mœurs, Danton apprit en même temps
la langue italienne assez pour lire le Tasse, l’Arioste et même le Dante.
Il faisait aussi des vers avec facilité, quelques-uns même adressés, en
tout bien et tout honneur, à une personne qui n’était pas indigne de les
lui inspirer, à la femme de son procureur.
“Mais tous ces délassements littéraires étaient en dehors de la
profession qu’il voulait exercer. Ils ne lui firent point négliger
l’apprentissage de la procedure et du droit.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
Reviews
Reviews
No reviews yet
Be the first to share your thoughts on this work.
Elsewhere in the archive
Join the Discussion
Join the discussion
Sign in to leave a comment or review.
Sign InorCreate an account