“Espérant constater plus facilement dans le texte d’une rédaction
écrite les pensées imprudentes qu’ils avaient cru saisir en écoutant
ses paroles, les anciens demandèrent que Danton déposât son discours
de réception sur la table de la chambre du conseil. Danton répondit
qu’il n’avait rien écrit. Il avait déjà pour système d’écrire le moins
possible. Ainsi qu’il l’a dit depuis, on n’écrit point en révolution. Il
ajouta d’ailleurs que si l’on désirait porter un jugement sur les paroles
qu’il avait prononcées, il ne prétendait pas s’y opposer. Il était assez
certain de sa pensée et de sa mémoire pour répéter avec fidélité toute
son improvisation.... Le reméde eût été pire que le mal. L’aréopage
trouva que c’était déjà bien assez de ce qu’on avait entendu, et la
majorité s’opposa avec vivacité à la récidive.
“Le cabinet acheté par Danton était loin, au moment où il en devint
titulaire, de posséder une clientèle nombreuse. Il n’en fut pas moins
toujours d’un grand désintéressement vis-à-vis de ses clients.
“Il se montrait peu exigeant dans la question des honoraires, même
lorsqu’il avait gagné sa cause. Lorsque son client venait s’acquitter
envers lui, il lui arrivait souvent de dire: _c’est trop_, et de rendre
ce qu’il appelait _le trop_. Dans certaines affaires perdues, il refusait
toute rémunération. ‘Je n’ai point de déboursés, disait-il, puisque je
n’ai point fait d’écritures, et que j’ai laissé à la régie son papier
timbré.’ Il lui arrivait, bien qu’il ne fût pas riche, de donner lui-même
des secours d’argent à des clients malheureux.
“Une pareille conduite ne mène pas rapidement à la fortune. Cependant le
cabinet de Danton s’améliora en très peu de temps. En dirigeant dignement
ses affaires, il gagnait de vingt à vingt-cinq mille francs par an; son
sort de père de famille était assuré.
“Dans ce temps où la France était encore divisée en provinces, les
classes inférieures pouvaient se réclamer des grands seigneurs de leur
pays, et ceux-ci aimaient souvent par vanité autant que par humanité à
protéger leurs vassaux. La maison de Brienne était de Champagne, près
Arcis-sur-Aube. Danton était connu du comte de Brienne, ancien ministre
de la guerre, et de l’archevêque de Sens, alors premier ministre. Il
comptait parmi ses clients M. de Barentin. Il avait des conférences avec
lui pour ses affaires particulières, et plusieurs fois, après les avoir
traitées, M. de Barentin s’entretenait avec son avocat des affaires
publiques. La manière supérieure dont Danton voyait les choses avait
frappé M. de Barentin et lui avait laissé une vive impression de sa
capacité.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
Reviews
Reviews
No reviews yet
Be the first to share your thoughts on this work.
Elsewhere in the archive
Join the Discussion
Join the discussion
Sign in to leave a comment or review.
Sign InorCreate an account