“Georges-Jacques Danton, notre père, se maria deux fois. Il
épousa d’abord en juin 1787, Antoinette-Gabrielle Charpentier,
qui mourut le 10 février 1793. Dans le cours de cette même
année 1793, nous ne pourrions pas indiquer l’époque precise,
il épousa, en secondes noces, Mademoiselle Sophie Gély, qui
vivait encore il y a deux ans (nous ne savons pas si elle
est morte depuis). Notre père en mourant ne laissa que deux
fils issus de son premier mariage. Nous sommes nés l’un le 18
juin 1790, et l’autre le 2 février 1792; notre père mourut le
5 avril 1794; nous n’avons donc pas pu avoir le bonheur de
recevoir ses enseignements, ses confidences, d’être initiés à
ses pensées à ses projets. Au moment de sa mort tout chez lui
a été saisi, confisqué, et plus tard, aucun de ses papiers, à
l’exception de ses titres de propriété, ne nous a été rendu.
Nous avons été élevés par M. François-Jérôme Charpentier, notre
grand-père maternel et notre tuteur. Il ne parlait jamais
sans attendrissement de Danton, son gendre. M. Charpentier,
qui habitait Paris, y mourut en 1804, à une époque où, sans
doute, il nous trouvait encore trop jeunes pour que nous
puissions bien apprécier ce qu’il aurait pu nous raconter de
la vie politique de notre père, car il s’abstint de nous en
parler. Du reste, il avait environ quatre-vingts ans quand il
mourut; et, dans ses dernières années, son esprit paraissait
beaucoup plus occupé de son avenir dans un autre monde que de
ce qui s’était passé dans celui-ci. Après la mort de notre
grand-père Charpentier, M. Victor Charpentier, son fils, fut
nommé notre tuteur. Il mourut en 1810. Quoiqu’il habitât
Paris, nous revînmes en 1805 à Arcis, pour ne plus le quitter.
La fin de notre enfance et le commencement de notre jeunesse
s’y écoulèrent auprès de la mère de notre père. Elle était
affaiblie par l’âge, les infirmités et les chagrins. C’était
toujours les yeux remplis de larmes qu’elle nous entretenait
de son fils, des innombrables témoignages d’affection qu’il
lui avait donnés, des tendres caresses dont il l’accablait.
Elle fit de fréquents voyages à Paris; il aimait tant à la
voir à ses côtés! Il avait en elle une confiance entière; elle
en était digne, et, s’il eût eu des secrets, elle les eût
connus, et nous les eussions connus par elle. Très souvent
elle nous parlait de la Révolution; mais, en embrasser tout
l’ensemble d’un seul coup d’œil, en apprécier les causes, en
suivre la marche, en juger les hommes et les événements, en
distinguer tous les partis, deviner leur but, démêler les fils
qui les faisaient agir, tout cela n’était pas chose facile,
on conviendra: aussi, quoique la mère de Danton eût beaucoup
d’intelligence et d’esprit, on ne sera pas surpris que, d’après
ses récits, nous n’ayons jamais connu la Révolution que d’une
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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