“On remarquera que cette propriété, au moment où Mademoiselle
Piot la vendit, était louée par elle à plusieurs locataires qui
lui payaient ensemble la somme de 600 livres annuellement. Si
Danton eût été riche et surtout aussi riche que ses ennemis ont
voulu le faire croire, son grande cœur ne se fût pas contenté
de faire à sa mère une pension si modique. Pour faire cette
donation Danton aurait pu attendre qu’il vint à Arcis; mais
il était si pressé d’obéir au sentiment d’amour filial qu’il
éprouvait que, dès le 17 mars 1791, il avait donné à cet effet
une procuration spéciale à M. Jeannet-Bourcier, qui exécuta son
mandat deux jours après avoir acheté pour Danton la propriété
de Mademoiselle Piot. Aussitôt que la maison était devenue
vacante et disponible, Danton, qui aimait tant être entouré de
sa famille, avait voulu que sa mère et son beau-père vinssent
l’habiter, ainsi que M. Menuel, sa femme et leurs enfants (M.
Menuel avait épousé la sœur aînée de Danton).
“Au 6 août 1792 Danton était a Arcis; on était à la veille d’un
grand événement qu’il prévoyait sans doute. Au milieu des mille
pensées qui doivent alors l’agiter, au milieu de l’inquiétude
que doivent lui causer les périls auxquels il va s’exposer,
quelle idée prédomine, quelle crainte vient l’atteindre? Il
pense à sa mère, il craint de n’avoir pas suffisamment assuré
son mort et sa tranquillité; en voici la preuve dans cet acte
passé le 6 août 1792 par-devant Mᵉ Finot, notaire à Arcis.
Qu’y lit-on? ‘Danton voulant donner à sa mère des preuves des
sentiments de respect et de tendresse qu’il a toujours eus pour
elle, il lui assure, sa vie durant, une habitation convenable
et commode, lui fait donation entre-vifs, pure, simple et
irrévocable, de l’usufruit de telles parts et portions
qu’elle voudra choisir dans la maison et dépendances situées
à Arcis, rue des Ponts, qu’il a aquise de Mademoiselle Piot
de Courcelles, et dans laquelle maison sa mère fait alors sa
demeure, et de l’usufruit de trois denrées de terrain à prendre
dans tel endroit du terrain qu’elle voudra choisir, pour jouir
desdits objets à compter du jour de la donation. Si M. Jean
Recordain survit à sa femme, donation lui est faite par le même
acte de l’usufruit de la moitié des objets qu’aura choisis et
dont aura joui sa femme....
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