“Voici encore une pièce, peu importante en elle-même à la
vérité, mais qui honore Danton et qui prouve sa bonté: c’est
un pétition en date du 30 thermidor an II. (17 août 1794),
adressée aux citoyens administrateurs du département de Paris,
par Marguerite Hariot (veuve de Jacques Geoffroy, charpentier
à Arcis), qui expose que par acte passé devant Mᵉ Finot,
notaire à Arcis, le 11 décembre 1791, Danton, dont elle était
la nourrice, lui avait assuré et constitué une rente viagère
de cent livres dont elle devait commencer à jouir à partir du
jour du décès de Danton, ajoutant que, de son vivant, il ne
bornerait pas sa générosité à cette somme. Elle demande, en
conséquence, que les administrateurs du département de Paris,
ordonnent que cette rente viagère lui soit payée à compter du
jour du décès et que le principal en soit prélevé sur ses biens
confisqués au profit de la République. Nous ne savons pas ce
qui fut ordonné. Cette brave femme, que notre père ne manquait
jamais d’embrasser avec effusion et à plusieurs reprises
chaque fois qu’il venait à Arcis, ne lui survécut que pendant
peu d’années.
“La recherche que nous avons faite dans les papiers qui nous
sont restés de la succession de notre grand’mère Recordain,
papiers dont nous ne pouvons pas avoir la totalité, ne nous
a fourni que ces trois pièces _authentiques_ qui témoignent
en faveur de la bonté de Danton dans sa vie privée. Quant
aux traditions orales que nous avons pu recueillir, elles
sont en petit nombre et trop peu caractéristiques pour être
rapportées. Nous dirons seulement que Danton aimait beaucoup
la vie champêtre et les plaisirs qu’elle pent procurer. Il ne
venait à Arcis que pour y jouir, au milieu de sa famille et de
ses amis, du repos, du calme et des amusements de la campagne.
Il disait dans son langage sans recherche, à Madame Recordain,
en l’embrassant: ‘Ma bonne mère, quand aurai-je le bonheur de
venir demeurer auprès de vous pour ne plus vous quitter, et
n’ayant plus à penser qu’à planter mes choux?’
“Nous ne savons pas s’il avait des ennemis ici, nous ne lui
en avons jamais connu aucun. On nous a très-souvent parlé de
lui avec éloge; mais nous n’avons jamais entendu prononcer un
mot qui lui fût injurieux, ni même défavorable, pas même quand
nous étions au collège; là pourtant les enfants, incapables de
juger la portée de ce qu’ils disent, n’hésitent pas, dans une
querelle occasionnée par le motif le plus frivole, à s’adresser
les reproches les plus durs et les plus outrageants. Nos
condisciples n’avaient donc jamais entendu attaquer la mémoire
de notre pere, il n’avait donc pas d’ennemis dans son pays.
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