“Nous croyons ne pas devoir omettre une anecdote qui se
rapporte à sa vie politique. Nous la tenons d’un de nos amis
qui l’a souvent entendu raconter par son père, M. Doulet,
homme très recommandable et très digne de foi, qui, sous
l’Empire, fut longtemps maire de la ville d’Arcis. Danton
était à Arcis dans le mois de novembre 1793. Un jour, tandis
qu’il se promenait dans son jardin avec M. Doulet, arrive vers
eux une troisième personne marchant à grands pas, tenant un
papier à la main (c’était un journal) et qui, aussitôt qu’elle
fut à portée de se faire entendre, s’écrie: Bonne nouvelle!
bonne nouvelle! et elle s’approche.—Quelle nouvelle? dit
Danton.—Tiens, lis! les Girondins sont condamnés et exécutés,
répond la personne qui venait d’arriver.—Et tu appelles cela
une bonne nouvelle, malheureux? s’écrie Danton à son tour,
Danton, dont les yeux s’emplissent aussitôt de larmes. La mort
des Girondins une bonne nouvelle? Misérable!—Sans doute, répond
son interlocuteur; n’était-ce pas des factieux?—Des factieux,
dit Danton. Est-ce que nous ne sommes pas des factieux? Nous
méritons tous la mort autant que les Girondins; nous subirons
tous, les uns après les autres, le même sort qu’eux. Ce fut
ainsi que Danton, le Montagnard, accueillit la personne qui
vint annoncer la mort des Girondins, auxquels tant d’autres, en
sa place, n’eussent pas manqué de garder rancune....
“La France aujourd’hui si belle, si florissante, te placera
alors au rang qui t’appartient parmi ses enfants généreux,
magnanimes, dont les efforts intrépides, inouïs, sont
parvenus à lui ouvrir, au milieu de difficultés et de dangers
innombrables, un chemin à la liberté, à la gloire, au bonheur.
Un jour enfin, Danton, justice complète sera rendue à ta
mémoire! Puissent tes fils avant de descendre dans la tombe,
voir ce beau jour, ce jour tant désiré.”
DANTON.
X
NOTES OF TOPINO-LEBRUN, JUROR OF THE REVOLUTIONARY TRIBUNAL
The interest of these notes is as follows:—They are the only verbatim
account of the trial which we possess. There are of course the official
accounts (especially that of Coffinhal), and upon them is largely based
the account in M. Wallon’s _Tribunal Révolutionnaire_; but these rough
and somewhat disconnected notes, badly spelt and abbreviated, were taken
down without bias, and as the words fell from the accused. Topino-Lebrun,
the painter, was at that time thirty-one years of age, a strong
Montagnard of course; he hesitated to condemn Danton, but was overborne
by his fellows, especially by his friend and master David.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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