Entretiens / Interviews / Entrevistas — John Shaqi
Entretiens / Interviews / EntrevistasLebert, Marie
Science
Entretiens / Interviews / Entrevistas
Lebert, Marie
Internet; World Wide Web
Je pense que l'édition numérique n'en est encore qu'à ses balbutiements. Nous
sommes en pleine phase de recherche. Mais l'essentiel est déjà acquis: de
nouveaux supports sont en train de voir le jour et cette apparition entraîne une
redéfinition du métier d'éditeur. Auparavant, un éditeur pouvait se contenter
d'imprimer des livres et de les distribuer. Même s'il s'en défendait parfois, il
fabriquait avant tout des objets matériels (des livres). Désormais, le rôle de
l'éditeur consiste à imaginer et mettre en forme des contenus, en collaboration
avec des auteurs. Il ne fabrique plus des objets matériels, mais des contenus
dématérialisés. Ces contenus sont ensuite "matérialisés" sous différentes
formes: livres papier, livres numériques, sites web, bases de données,
brochures, CD-Rom, bornes interactives. Le département de "production" d'un
éditeur deviendrait plutôt un département d'"exploitation" des ressources. Le
métier d'éditeur se révèle ainsi beaucoup plus riche et plus large. Il peut
amener le livre et son contenu vers de nouveaux lieux, de nouveaux publics.
C'est un véritable défi qui demande avant tout de l'imagination et de la
souplesse.
= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?
Je suis un télétravailleur. J'habite Madrid et les éditions Luc Pire sont à
Bruxelles et Liège, en Belgique. En huit mois, j'ai reçu deux plis postaux
relatifs à mon travail et je suis resté plus de six mois sans imprimante. En
dehors des contrats, tout se passe sur l'écran. Pour mon travail, c'est donc
très clair, 99% de l'information passe par des fichiers informatiques sans
gaspiller de papier.
En tant qu'auteur, je continue à rédiger majoritairement à la main, au stylo sur
papier. Je ne tape le texte que dans une seconde étape sur mon ordinateur. En
réalité, même si je publie sur le web depuis 1998, je continue à travailler
comme au 19e siècle pour mon écriture. Tout à la main dans des petits cahiers
d'écolier. Sauf pour mes deux romans-feuilletons, précisément. J'ai décidé de
changer mon mode d'écriture pour ces deux textes et je les écris directement à
l'écran, comme ils seront lus, semaine après semaine. C'est un défi, une
contrainte que je me suis posée volontairement. Pour voir si ça change quelque
chose et pour répondre en détail à cette question souvent posée aux auteurs:
est-ce que vous écrivez à la main ou à la machine?
En tant que lecteur, bien que je lise presque exclusivement les journaux en
ligne, de même que les critiques littéraires et cinématographiques, je ne peux
pour autant me passer de la littérature imprimée. J'ai toujours de bon vieux
romans jaunis sur ma table de nuit et dans mon sac, où que j'aille. Dans le
train, le métro, je lis. De laids bouquins de poche, dont le papier ne sent pas
bon et dont les couvertures sont écornées, mais qui sont légers, résistants et
fourrables dans n'importe quel bagage.
= Les jours du papier sont-ils comptés?
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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