Entretiens / Interviews / EntrevistasLebert, Marie
Science
Entretiens / Interviews / Entrevistas
Lebert, Marie
Internet; World Wide Web
Mon point de vue est très simple: l'auteur doit être rémunéré pour son travail.
Mais il reste maître de son oeuvre et peut aussi décider lui-même de céder ses
droits gratuitement (par exemple pour l'encodage en alphabet braille à
destination des malvoyants) ou de diffuser certains de ses textes gratuitement
(ce que je fais sur internet). Je tiens beaucoup au respect du droit de
paternité de l'auteur, mais je ne pense pas que tout échange sur cette planète
doive être monnayé. Je suis très heureux d'offrir des textes gratuitement. Mais
je ne tolère ni le vol ni la piraterie. Si quelqu'un vole un texte et le diffuse
sous un autre nom, il commet un délit grave, bien entendu.
= Comment définissez-vous la société de l'information?
Pour moi, la société de l'information est l'arrivée d'un nouveau clivage sur la
planète: distinction entre ceux qui ont accès au savoir, le comprennent et
l'utilisent, et ceux qui n'y ont pas accès pour de nombreuses raisons. Il ne
s'agit cependant pas d'une nouvelle forme de société du tout car le pouvoir de
l'information n'est lié à aucun pouvoir réel (financier, territorial, etc.).
Connaître la vérité ne nourrit personne. Par contre, l'argent permet de très
facilement propager des rumeurs ou des mensonges. La société de l'information
est simplement une version avancée (plus rapide, plus dure, plus impitoyable) de
la société industrielle. Il y a ceux qui possèdent et jouissent, ceux qui
subissent et ceux dont on ne parle jamais: ceux qui comprennent et ne peuvent
pas changer les choses. Au 19e siècle, certains artistes et certains
intellectuels se retrouvaient dans cette position inconfortable. Grâce à la
société de l'information, beaucoup de gens ont rejoint cette catégorie assise
entre deux chaises. Qui possède des biens matériels et a peur de les perdre mais
considère pourtant que les choses ne vont pas dans la bonne direction.
Mon opinion personnelle, par rapport à tout ça, c'est que ce n'est pas
l'information qui sauve. C'est la volonté. Pour changer le monde, commençons par
lever notre cul de notre chaise et retrousser nos manches.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Plusieurs fois, les réactions de lecteurs, notamment des adolescents qui
réagissent très spontanément et s'expriment sans détour, m'ont fait pleurer
devant mon écran. On passe sa vie à écrire des histoires pour donner des
émotions aux lecteurs et voilà que ce sont eux qui nous en renvoient de plus
fortes! Je n'ai jamais eu cet effet-là qu'avec des messages électroniques. En
face à face ou par courrier postal, l'émotion est bridée par les formules de
politesse et les circonlocutions en tous genres.
= Et votre pire souvenir?
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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