Quant à moi, après de longues années d'hésitation, j'ai fini par prendre
mon parti carrément. Je crois que la conscience, telle qu'on se la
représente communément, soit comme entité, soit comme activité pure,
mais en tout cas comme fluide, inétendue, diaphane, vide de tout contenu
propre, mais se connaissant directement elle-même, spirituelle enfin, je
crois, dis-je, que cette conscience est une pure chimère, et que la
somme de réalités concrètes que le mot conscience devrait couvrir,
mérite une toute autre description, description, du reste, qu'une
philosophie attentive aux faits et sachant faire un peu d'analyse,
serait désormais en état de fournir ou plutôt de commencer à fournir. Et
ces mots m'amènent à la seconde partie de mon discours. Elle sera
beaucoup plus courte que la première, parce que si je la développais sur
la même échelle, elle serait beaucoup trop longue. Il faut, par
conséquent, que je me restreigne aux seules indications indispensables.
* * * * *
Admettons que la conscience, la _Bewusstheit_, conçue comme essence,
entité, activité, moitié irréductible de chaque expérience, soit
supprimée, que le dualisme fondamental et pour ainsi dire ontologique
soit aboli et que ce que nous supposions exister soit seulement ce qu'on
a appelé jusqu'ici le _contenu_, le _Inhalt_, de la conscience; comment
la philosophie va-t-elle se tirer d'affaire avec l'espèce de monisme
vague qui en résultera? Je vais tâcher de vous insinuer quelques
suggestions positives là-dessus, bien que je craigne que, faute du
développement nécessaire, mes idées ne répandront pas une clarté très
grande. Pourvu que j'indique un commencement de sentier, ce sera
peut-être assez.
Au fond, pourquoi nous accrochons-nous d'une manière si tenace à cette
idée d'une conscience surajoutée à l'existence du contenu des choses?
Pourquoi la réclamons-nous si fortement, que celui qui la nierait nous
semblerait plutôt un mauvais plaisant qu'un penseur? N'est-ce pas pour
sauver ce fait indéniable que le contenu de l'expérience n'a pas
seulement une existence propre et comme immanente et intrinsèque, mais
que chaque partie de ce contenu déteint pour ainsi dire sur ses
voisines, rend compte d'elle-même à d'autres, sort en quelque sorte de
soi pour être sue et qu'ainsi tout le champ de l'expérience se trouve
être transparent de part en part, ou constitué comme un espace qui
serait rempli de miroirs?
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
Reviews
Reviews
No reviews yet
Be the first to share your thoughts on this work.
Elsewhere in the archive
Join the Discussion
Join the discussion
Sign in to leave a comment or review.
Sign InorCreate an account