France and England in North America, Part VII, Vol 2: A Half-Century of ConflictParkman, Francis
History
France and England in North America, Part VII, Vol 2: A Half-Century of Conflict
Parkman, Francis
Canada -- History -- To 1763 (New France); United States -- History -- Colonial period, ca. 1600-1775
“Nous répondîmes à l’Officier, par qui l’Amiral Warren nous avoit fait
donner cet avis, que nous n’avions point de réponse à lui faire, & que
quand nous en serions à cette extrémité, nous verrions le parti qu’il
conviendroit d’embrasser. Cette fanfaronade eût fait rire quiconque
auroit été témoin de notre embarras en particulier; il ne pouvoit être
plus grand: cet Officier dût s’en apperçevoir, malgré la bonne
contenance que nous affections. Il est difficile que le visage ne
décéle les mouvements du cœur. Les Conseils étoient plus frequens que
jamais, mais non plus salutaires; on s’assembloit sans trop sçavoir
pourquoi, aussi ne sçavoit-on que résoudre. J’ai souvent ri de ces
assemblées, où il ne se passoit rien que de ridicule, & qui n’annonçat
le trouble & l’indécision. Le soin de notre défense n’étoit plus ce
qui occupoit. Si les Anglois eussent sçu profiter de notre épouvante
il y auroit eu longtems qu’ils nous auroient emportés, l’épée en main.
Mais il faut convenir à leur louange, qu’ils avoient autant de peur
que nous. Cela m’a plusieurs fois rappellé la fable du Liévre & des
Grenouilles.
“Le but de nos frequens Conseils étoit de dresser des articles de
capitulation. On y employa jusqu’au vingt sept, que le sieur Lopinot,
Officier, sortit pour les porter au Commandant de terre. L’on se
flatoit de les lui faire mieux goûter qu’à l’Amiral. Mais ils étoient
si extraordinaires, que malgré l’envie que ce Général avoit de nous
voir rendre à lui, il se donna à peine la patience de les écouter. Je
me souviens que nous demandions par un article, cinq piéces de canon,
& deux mortiers de fonte. De pareilles propositions ne quadroient
guéres avec notre situation.
“Afin de réussir d’un côté ou d’autre, on envoya proposer les mêmes 286
conditions à l’Amiral. Cette négociation avoit été confiée au sieur
_Bonaventure_, Capitaine de Compagnie, qui s’intrigua beaucoup
auprès de M. Warren, & qui, quoique la plûpart de nos articles fussent
rejettez, en obtint pourtant d’assés honorables. On arrêta donc la
Capitulation telle que les nouvelles publiques l’ont raportée. Elle
nous fut annoncée par deux coups de canon tirés à bord de l’Amiral,
ainsi qu’on en avoit donné l’ordre au Sieur _Bonaventure_. A
cette nouvelle, nous reprimes un peu de tranquillité; car nous avions
sujet d’apprehender le sort le plus triste. Nous craignons à tout
moment, que les ennemis, sortant de leur aveuglement, ne se
présentassent pour nous enlever d’assaut. Tout les y convioit; il y
avoit deux bréches de la longueur d’environ cinquante pieds chacune,
l’une à la porte Dauphine, & l’autre à l’Eperon, qui est vis-à-vis.
Ils nous ont dit depuis que la resolution en avoit été prise, &
l’exécution renvoyée au lendemain. Les Navires devoient les favoriser,
& s’embosser de la maniere suivante.
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