Quel fruit tirons-nous des labeurs
Qui courbent nos maigres échines?
Où vont les flots de nos sueurs?
Nous ne sommes que des machines.
Nos Babels montent jusqu'au ciel,
La terre nous doit ses merveilles!
Dés qu'elles ont fini le miel
Le maître chasse les abeilles.
Aimons-nous, etc.
Mal vêtus, logés dans des trous,
Sous les combles, dans les décombres,
Nous vivons avec les hiboux
Et les larrons, amis des ombres:
Cependant notre sang vermeil
Coule impétueux dans nos veines;
Nous nous plairions au grand soleil,
Et sous les rameaux verts des chênes!
Aimons-nous, etc.
A chaque fois que par torrents
Notre sang coule sur le monde,
C'est toujours pour quelques tyrans
Que cette rosée est féconde;
Ménageons-le dorénavant,
L'amour est plus fort que la guerre;
En attendant qu'un meilleur vent
Souffle du ciel ou de la terre,
Aimons-nous, etc.
LE REPOS DU SOIR
Quand le soleil se couche horizontal,
De longs rayons noyant la plaine immense,
Comme un blé mûr, le ciel occidental
De pourpre vive et d'or pur se nuance;
L'ombre est plus grande et la clarté s'éteint
Sur le versant des pentes opposées;
Enfin, le ciel, par degrés, se déteint,
Le jour s'efface en des brumes rosées.
Reposons-nous!
Le repos est si doux:
Que la peine sommeille
Jusqu'à l'aube vermeille!
Dans le sillon, la charrue, au repos,
Attend l'aurore et la terre mouillée;
Bergers, comptez et parquez les troupeaux,
L'oiseau s'endort dans l'épaisse feuillée.
Gaules en main, bergères, aux doux yeux,
A l'eau des gués mènent leurs bêtes boire;
Les laboureurs vont délier les boeufs,
Et les chevaux soufflent dans la mangeoire.
Reposons-nous! etc.
Tous les fuseaux s'arrêtent dans les doigts,
La lampe brille, une blanche fumée
Dans l'air du soir monte de tous les toits;
C'est du repas l'annonce accoutumée.
Les ouvriers, si las, quand vient la nuit,
Peuvent partir; enfin, la cloche sonne,
Ils vont gagner leur modeste réduit,
Où, sur le feu, la marmite bouillonne.
Reposons-nous! etc.
La ménagère et les enfants sont là,
Du chef de l'âtre attendant la présence:
Dès qu'il paraît, un grand cri: "Le voilà!"
S'élève au ciel, comme en réjouissance;
De bons baisers, la soupe, un doigt de vin,
Rendent la joie à sa figure blême;
Il peut dormir, ses enfants ont du pain,
Et n'a-t-il pas une femme qui l'aime?
Reposons-nous! etc.
Tous les foyers s'éteignent lentement;
Dans le lointain, une usine, qui fume,
Pousse de terre un sourd mugissement;
Les lourds marteaux expirent sur l'enclume.
Ah! détournons nos âmes du vain bruit,
Et nos regards du faux éclat des villes:
Endormons-nous sous l'aile de la nuit
Qui mène en rond ses étoiles tranquilles!
Reposons-nous! etc.
ANDRÉ LEMOYNE
CHANSON MARINE
Nous revenions d'un long voyage,
Las de la mer et las du ciel.
Le banc d'azur du cap Fréhel
Fut salué par l'équipage.
Bientôt nous vîmes s'élargir
Les blanches courbes de nos grèves;
Puis, au cher pays de nos rêves,
L'aiguille des clochers surgir.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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