Le son d'or des cloches normandes
Jusqu'à nous s'égrenait dans l'air;
Nous arrivions par un temps clair,
Marchant à voiles toutes grandes.
De loin nous fûmes reconnus
Par un vol de mouettes blanches,
Oiseaux de Granville et d'Avranches,
Pour nous revoir exprès venus.
Ils nous disaient: "L'Orne et la Vire
Savent déjà votre retour,
Et c'est avant la fin du jour
Que doit mouiller votre navire.
"Vous n'avez pas compté les pleurs
Des vieux pères qui vous attendent.
Les hirondelles vous demandent,
Et tous vos pommiers sont en fleurs.
"Nous connaissons de belles filles,
Aux coiffes en moulin à vent,
Qui de vous ont parlé souvent,
Au feu du soir dans vos familles.
"Et nous en avons pris congé
Pour vous rejoindre à tire-d'ailes,
Vous avez trop vécu loin d'elles,
Mais pas un seul coeur n'a changé."
UN FLEUVE A LA MER
Quand un grand fleuve a fait trois ou quatre cents lieues
Et longtemps promené ses eaux vertes ou bleues
Sous le ciel refroidi de l'ancien continent,
C'est un voyageur las, qui va d'un flot traînant.
Il n'a pas vu la mer, mais il l'a pressentie.
Par de lointains reflux sa marche est ralentie.
Le désert, le silence accompagnent ses bords.
Adieu les arbres verts.--Les tristes fleurs des landes,
Bouquets de romarins et touffes de lavandes,
Lui versent les parfums qu'on répand sur les morts.
Le seul oiseau qui plane au fond du paysage,
C'est le goëland gris, c'est l'éternel présage
Apparaissant le soir qu'un fleuve doit mourir,
Quand le grand inconnu devant lui va s'ouvrir.
DE BANVILLE
LA CHANSON DE MA MIE
L'eau dans les grands lacs bleus
Endormie,
Est le miroir des cieux:
Mais j'aime mieux les yeux
De ma mie.
Pour que l'ombre parfois
Nous sourie,
Un oiseau chante au bois,
Mais j'aime mieux la voix
De ma mie.
La rosée, à la fleur
Défleurie
Rend sa vive couleur;
Mais j'aime mieux un pleur
De ma mie.
Le temps vient tout briser.
On l'oublie:
Moi, pour le mépriser,
Je ne veux qu'un baiser
De ma mie.
La rosé sur le lin
Meurt flétrie;
J'aime mieux pour coussin
Les lèvres et le sein
De ma mie.
On change tour à tour
De folie
Moi, jusqu'au dernier jour,
Je m'en tiens à l'amour
De ma mie.
A ADOLPHE GAÎFFE
Jeune homme sans mélancolie,
Blond comme un soleil d'Italie,
Garde bien ta belle folie.
C'est la sagesse! Aimer le vin,
La beauté, le printemps divin,
Cela suffit. Le reste est vain.
Souris, même au destin sévère!
Et quand revient la primevère,
Jettes-en les fleurs dans ton verre.
Au corps sous la tombe enfermé
Que reste-t-il? D'avoir aimé
Pendant deux ou trois mois de mai.
"Cherchez les effets et les causes,"
Nous disent les rêveurs moroses.
Des mots! des mots! cueillons les roses.
BALLADE DES PENDUS
Sur ses larges bras étendus,
La forêt où s'éveille Flore,
A des chapelets de pendus
Que le matin caresse et dore.
Ce bois sombre, où le chêne arbore
Des grappes de fruits inouïs
Même chez le Turc et le More,
C'est le verger du roi Louis.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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