Oh! qui dira les torts de la Rime?
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d'un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime?
De la musique encore et toujours!
Que ton vers soit la chose envolée
Qu'on sent qui fuit d'une âme en allée
Vers d'autres cieux à d'autres amours.
Que ton vers soit la bonne aventure
Éparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym....
Et tout le reste est littérature.
UN VEUF PARLE
Je vois un groupe sur la mer.
Quelle mer? Celle de mes larmes.
Mes yeux mouillés du vent amer
Dans cette nuit d'ombre et d'alarmes
Sont deux étoiles sur la mer.
C'est une toute jeune femme
Et son enfant déjà tout grand
Dans une barque où nul ne rame,
Sans mât ni voile, en plein courant,
Un jeune garçon, une femme!
En plein courant dans l'ouragan!
L'enfant se cramponne à sa mère
Qui ne sait plus où, non plus qu'en....
Ni plus rien, et qui, folle, espère
En le courant, en l'ouragan.
Espérez en Dieu, pauvre folle,
Crois en notre Père, petit.
La tempête qui vous désole,
Mon coeur de là-haut vous prédit
Qu'elle va cesser, petit, folle!
Et paix au groupe sur la mer,
Sur cette mer de bonnes larmes!
Mes yeux joyeux dans le ciel clair,
Par cette nuit sans plus d'alarmes,
Sont deux bons anges sur la mer.
PARABOLES
Soyez béni, Seigneur, qui m'avez fait chrétien
Dans ces temps de féroce ignorance et de haine;
Mais donnez-moi la force et l'audace sereine
De vous être à toujours fidèle comme un chien.
De vous être l'agneau destiné qui suit bien
Sa mère et ne sait faire au pâtre aucune peine,
Sentant qu'il doit sa vie encore, après sa laine,
Au maître, quand il veut utiliser ce bien,
Le poisson, pour servir au Fils de monogramme,
L'ânon obscur qu'un jour en triomphe il monta,
Et, dans ma chair, les porcs qu'à l'abîme il jeta.
Car l'animal, meilleur que l'homme et que la femme,
En ces temps de révolte et de duplicité,
Fait son humble devoir avec simplicité.
ÉMILE BERGERAT
PAROLES DORÉES
J'ai reposé mon coeur avec tranquillité
Dans l'asile très sûr d'un amour très honnête.
La lutte que je livre au sort est simple et nette,
Et tout peut m'y trahir, non la virilité.
Je ne crois pas à ceux qui pleurent, l'âme éprise
De la sonorité de leurs propres sanglots;
Leur idéal est né de l'écume des mots,
Et comme je les tiens pour nuls, je les méprise.
Cerveaux que la fumée enivre et qu'elle enduit,
Ils auraient inventé la douleur pour se plaindre;
Leur stérile génie est pareil au cylindre
Qui tourne à vide, grince et s'use dans la nuit.
Ils souffrent? Croient-ils donc porter dans leur besace
Le déluge final de tous les maux prédits?
Sous notre ciel chargé d'orages, je le dis,
Il n'est plus de douleur que la douleur d'Alsace.
J'aime les forts, les sains et les gais. Je prétends
Que la vie est docile et souffre qu'on la mène:
J'observe dans la mort un calme phénomène
Accessible à mes sens libres et consentants,
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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