Et qui ne trouble pas ma paix intérieure.
Car la forme renaît plus jeune du tombeau,
Et l'ombre passagère où s'engloutit le Beau
Couve une éternité dans l'éclipse d'une heure.
Car la couleur charmante et mère des parfums
Rayonne inextinguible au fond des nuits funèbres,
Et sa splendeur de feu qu'exaltent les ténèbres
Emparadise encor les univers défunts.
Femme, recorde-moi ceci. Ma force vierge
Est éclose aux ardeurs brunes de tes beaux yeux:
Quand mon coeur sera mûr pour le sol des aïeux,
Notre amour sera clos. N'allume pas de cierge.
Le ciel restera sourd comme il reste béant.
O femme, écoute-moi, pas de terreur vulgaire!
Si l'âme est immortelle, il ne m'importe guère,
Et je ne me vends pas aux chances du néant.
Aucun joug n'a ployé ma nuque inasservie,
Et dans la liberté que lui fait sa vertu,
Voici l'homme qui s'est lui-même revêtu
Du pouvoir de juger et d'attester sa vie.
Hors de moi, je ne prends ni rêve ni conseil;
N'arrachant du labeur que l'oeuvre et non la tâche,
Je ne me promets point de récompense lâche
Pour le plaisir que j'ai de combattre au soleil.
Le limon, que son oeuvre auguste divinise
Par son épouvantable enfantement, répond
Aux désirs surhumains de mon être fécond,
Et ma chair douloureuse avec lui fraternise.
Telle est ma loi. Sans peur et sans espoir, je vais,
Après m'être creusé ma route comme Alcide.
Que la combinaison de mon astre décide
Si je suis l'homme bon ou bien l'homme mauvais.
Mais, quel que soit le mot qu'ajoute ma planète
Aux constellations de la fatalité,
J'ai reposé mon coeur avec tranquillité
Dans l'asile très sûr d'un amour très honnête.
FRANÇOIS FABIÉ.
LES GENÊTS
Les genêts, doucement balancés par la brise,
Sur les vastes plateaux font une houle d'or;
Et, tandis que le pâtre à leur ombre s'endort,
Son troupeau va broutant cette fleur qui le grise;
Cette fleur qui le fait bêler d'amour, le soir,
Quand il roule des hauts des monts vers les étables,
Et qu'il croise en chemin les grands boeufs vénérables
Dont les doux beuglements appellent l'abreuvoir;
Cette fleur toute d'or, de lumière et de soie,
En papillons posée au bout des brins menus,
Et dont les lourds parfums semblent être venus
De la plage lointaine où le soleil se noie....
Certes, j'aime les prés où chantent les grillons,
Et la vigne pendue aux flancs de la colline,
Et les champs de bleuets sur qui le blé s'incline,
Comme sur des yeux bleus tombent des cheveux blonds.
Mais je préfère aux prés fleuris, aux grasses plaines,
Aux coteaux où la vigne étend ses pampres verts,
Les sauvages sommets, de genêts recouverts,
Qui font au vent d'été de si fauves haleines.
Vous en souvenez-vous, genêts de mon pays,
Des petits écoliers aux cheveux en broussailles
Qui s'enfonçaient sous vos rameaux comme des cailles,
Troublant dans leur sommeil les lapins ébahis?
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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