Gloire au coeur téméraire épris de l'impossible,
Qui marche, dans l'amour, au sentier des douleurs,
Et fuit tout vain plaisir au vulgaire accessible.
Heureux qui sur sa route, invité par les fleurs,
Passe et n'écarte point leur feuillage ou leurs voiles,
Et, vers l'azur lointain tournant ses yeux en pleurs,
Tend ses bras insensés pour cueillir les étoiles.
Une beauté, cachée aux désirs trop humains,
Sourit à ses regards, sur d'invisibles toiles;
Vers ses ambitions lui frayant des chemins,
Un ange le soutient sur des brises propices;
Les astres bien aimés s'approchent de ses mains;
Les lis du paradis lui prêtent leurs calices.
Béatrix ouvre un monde à qui la prend pour soeur,
A qui lutte et se dompte et souffre avec délices,
Et goûte à s'immoler sa plus chère douceur;
Et, joyeux, s'élançant au delà du visible,
De la porte du ciel s'approche en ravisseur.
Gloire au coeur téméraire épris de l'impossible!
LE DROIT D'AINESSE
Te voilà fort et grand garçon,
Tu vas entrer dans la jeunesse;
Reçois ma dernière leçon:
Apprends quel est ton droit d'aînesse.
Pour le connaître en sa rigueur
Tu n'as pas besoin d'un gros livre;
Ce droit est écrit dans ton coeur....
Ton coeur! c'est la loi qu'il faut suivre,
Afin de le comprendre mieux,
Tu vas y lire avec ton père,
Devant ces portraits des aïeux
Qui nous aideront, je l'espère.
Ainsi que mon père l'a fait,
Un brave aîné de notre race
Se montre fier et satisfait
En prenant la plus dure place.
A lui le travail, le danger,
La lutte avec le sort contraire;
A lui l'orgueil de protéger
La grande soeur, le petit frère.
Son épargne est le fonds commun
Où puiseront tous ceux qu'il aime;
Il accroît la part de chacun
De tout ce qu'il s'ôte à lui-même.
Il voit, au prix de ses efforts,
Suivant les traces paternelles,
Tous les frères savants et forts,
Toutes les soeurs sages et belles.
C'est lui qui, dans chaque saison,
Pourvoyeur de toutes les fêtes,
Fait abonder dans la maison
Les fleurs, les livres des poètes.
Il travaille, enfin, nuit et jour:
Qu'importe! les autres jouissent.
N'est-il pas le père à son tour?
S'il vieillit, les enfants grandissent!
Du poste où le bon Dieu l'a mis
Il ne s'écarte pas une heure;
Il y fait tête aux ennemis,
Il y mourra, s'il faut qu'il meure!
Quand le berger manque au troupeau,
Absent, hélas! où mort peut-être,
Tel, pour la brebis et l'agneau,
Le bon chien meurt après son maître.
Ainsi, quand Dieu me reprendra,
Tu sais, dans notre humble héritage,
Tu sais le lot qui t'écherra
Et qui te revient sans partage.
Nos chers petits seront heureux,
Mais il faut qu'en toi je renaisse.
Veiller, lutter, souffrir pour eux....
Voilà, mon fils, ton droit d'aînesse!
MME. L. ACKERMANN
L'HOMME
Jeté par le hasard sur un vieux globe infime,
A l'abandon, perdu comme en un océan,
Je surnage un moment et flotte à fleur d'abîme,
Épave du néant.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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