Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)Daudet, Alphonse
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Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)
Daudet, Alphonse
Autobiographical fiction; Bildungsromans; French fiction -- 19th century; French language -- Readers
Sous le porche, en sortant du collège, la dernière personne que
je rencontrai fut M. Viot, mais un M. Viot sans ses clefs, hagard,
effaré, courant de droite et de gauche. Quand il passa près de moi,
il me regarda un moment avec angoisse. Le malheureux avait envie
de me demander si je ne _les_ avais pas vues. Mais il n’osa pas.…
A ce moment le portier lui criait du haut de l’escalier, en se penchant:
— Monsieur Viot, je ne les trouve pas!
J’entendis l’homme aux clefs faire tout bas:
[100]
— Oh! mon Dieu!
Et il partit comme un fou à la découverte.
J’aurais été heureux de jouir plus longtemps de ce spectacle,
mais le clairon de la diligence sonnait sur la place d’Armes,
et je ne voulais pas qu’on partit sans moi.
Et maintenant, adieu pour toujours, grand collège enfumé, fait de vieux fer
et de pierres noires; adieu, vilains enfants! adieu, règlement féroce! Le
petit Chose s’envole et ne reviendra plus. Et vous, marquis de Boucoyran,
estimez-vous heureux: on s’en va, sans vous allonger ce fameux coup d’épée,
si longtemps médité avec les nobles cœurs du café Barbette.…
Fouette, cocher! Sonne, trompette! Bonne vieille diligence, fais feu de
tes quatre roues, emporte le petit Chose au galop de tes trois chevaux.…
Emporte-le bien vite dans sa ville natale, pour qu’il embrasse sa mère
chez l’oncle Baptiste, et qu’ensuite il mette le cap sur Paris et rejoigne
au plus vite Eyssette (Jacques) dans sa chambre du Quartier latin!…
XII
L’ONCLE BAPTISTE
Un singulier type d’homme que cet oncle Baptiste, le frère de Mme Eyssette!
Ni bon ni méchant, marié de bonne heure à un grand gendarme de femme avare
et maigre qui lui faisait peur, ce vieil enfant n’avait [101] qu’une
passion au monde: la passion du coloriage. Depuis quelque quarante ans
il vivait entouré de godets, de pinceaux, de couleurs, et passait son temps
à colorier des images de journaux illustrés. La maison était pleine de
vieilles _Illustrations!_ de vieux _Charivaris!_ de vieux _Magasins
pittoresques!_ de cartes géographiques! tout cela fortement enluminé.
Même dans ses jours de disette, quand la tante lui refusait de l’argent
pour acheter des journaux à images, il arrivait à mon oncle de colorier
des livres. Ceci est historique: j’ai tenu dans mes mains une grammaire
espagnole que mon oncle avait mis en couleurs d’un bout à l’autre,
les adjectifs en bleu, les substantifs en rose, etc.…
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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