Materialism; Mind and body; Physiology -- Early works to 1800
Voilà certainement tout ce qu'on peut dire de plus favorable à
l'existence d'un Dieu, quoique le dernier argument soit frivole, en ce
que ces conversions sont courtes, l'esprit reprenant presque toujours
ses anciennes opinions et se conduisant en conséquence, dès qu'il a
recouvré ou plutôt retrouvé ses forces dans celles du corps. En voilà
du moins beaucoup plus que n'en dit le médecin Diderot dans ses Pensées
philosophiques, sublime ouvrage qui ne convaincra pas un athée. Que
répondre en effet à un homme qui dit? "Nous ne connaissons point
la nature: des causes cachées dans son sein pourraient avoir tout
produit. Voyez à votre tour le polype de Trembley! ne contient-il
pas en soi les causes qui donnent lieu à sa régénération? quelle
absurdité y aurait-il donc à penser qu'il est des causes physiques
pour lesquelles tout a été fait, et auxquelles toute la chaîne de ce
vaste univers est si nécessairement liée et assujettie, que rien de ce
qui arrive ne pouvait pas ne pas arriver; des causes dont l'ignorance
absolument invincible nous a fait recourir à un Dieu, qui n'est pas
même un être de raison, suivant certains? Ainsi, détruire le hasard, ce
n'est pas prouver l'existence d'un Etre supreme, puisqu'il peut y avoir
autre chose qui ne serait ni hasard, ni Dieu, je veux dire la Nature,
dont l'étude par conséquent ne peut faire que des incrédules, comme
le prouve la façon de penser de tous ses plus heureux scrutateurs."
Le poids de l'univers n'ébranle donc pas un véritable athée, loin
de l'écraser; et tous ces indices mille et mille fois rebattus d'un
Créateur, indices qu'on met fort au-dessus de la façon de penser
dans nos semblables, ne sont évidents, quelque loin qu'on pousse cet
argument, que pour les Antipyrrhoniens, ou pour ceux qui ont assez
de confiance dans leur raison pour croire pouvoir juger sur certaines
apparences, auxquelles, comme vous voyez, les athées peuvent en opposer
d'autres peut-être aussi fortes et absolument contraires. Car si
nous écoutons encore les naturalistes, ils nous diront que les mêmes
causes qui dans les mains d'un chimiste et par le hasard de divers
mélanges ont fait le premier miroir, dans celles de la nature ont
fait l'eau pure, qui en sert à la simple bergère: que le mouvement
qui conserve le monde, a pu le créer; que chaque corps a pris la
place que sa nature lui a assignée; que l'air a dû entourer la terre,
par la même raison que le fer et les autres métaux sont l'ouvrage
de ses entrailles; que le soleil est une production aussi naturelle,
que celle de l'électricité; qu'il n'a pas plus été fait pour échauffer
la terre et tous ses habitants, qu'il brûle quelquefois, que la pluie
pour faire pousser les grains, qu'elle gâte souvent; que le miroir et
l'eau n'ont pas plus été faits pour qu'on pût s'y regarder, que tous
les corps polis qui ont la même propriété: que l'oeil est à la vérité
une espèce de trumeau dans lequel l'âme peut contempler l'image des
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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