Materialism; Mind and body; Physiology -- Early works to 1800
Si on me demande à présent quel est le siège de cette force innée dans
nos corps, je réponds qu'elle réside très clairement dans ce que les
anciens ont appellé parenchyme; c'est à dire dans la substance propre
des parties, abstraction faite des veines, des artères, des nerfs,
en un mot de l'organisation de tout le corps; et que par conséquent
chaque partie contient en soi des ressorts plus ou moins vifs, selon
le besoin qu'elles en avaient.
Entrons dans quelque détail de ces ressorts de la machine humaine. Tous
les mouvements vitaux, animaux, naturels et automatiques se font par
leur action. N'est-ce pas machinalement que le corps se retire, frappé
de terreur à l'aspect d'un précipice inattendu? que les paupières
se baissent à la menace d'un coup, comme on l'a dit? que la pupille
s'étrécit au grand jour pour conserver la rétine, et s'élargit pour
voir les objets dans l'obscurité? n'est-ce pas machinalement que les
pores de la peau se ferment en hiver, pour que le froid ne pénètre
pas l'intérieur des vaisseaux? que l'estomac se soulève, irrité par
le poison, par une certaine quantité d'opium, par tous les émétiques,
etc.? que le coeur, les artères, les muscles se contractent pendant
le sommeil, comme pendant la veille? que le poumon fait l'office d'un
souflet continuellement exercé? n'est-ce pas machinalement qu'agissent
tous les sphincters de la vessie, du rectum, etc.? que le coeur a
une contraction plus forte que tout autre muscle? que les muscles
érecteurs font dresser la verge dans l'homme, comme dans les animaux
qui s'en battent le ventre, et même dans l'enfant, capable d'érection,
pour peu que cette partie soit irritée? Ce qui prouve, pour le dire
en passant, qu'il est un ressort singulier dans ce membre, encore peu
connu, et qui produit des effets qu'on n'a point encore bien expliqués,
malgré toutes les lumières de l'anatomie.
Je ne m'étendrai pas davantage sur tous ces petits ressorts
subalternes connus de tout le monde. Mais il en est un autre plus
subtil, et plus merveilleux qui les anime tous; il est la source de
tous nos sentiments, de tous nos plaisirs, de toutes nos passions, de
toutes nos pensées; car le cerveau a ses muscles pour penser, comme
les jambes pour marcher. Je veux parler de ce principe incitant,
et impétueux, qu'Hippocrate appelle enormôn (l'âme). Ce principe
existe, et il a son siège dans le cerveau à l'origine des nerfs,
par lesquels il exerce son empire sur tout le reste du corps. Par là
s'explique tout ce qui peut s'expliquer, jusqu'aux effets surprenants
des maladies de l'imagination.
Mais, pour ne pas languir dans une richesse et une fécondité mal
entendue, il faut se borner à un petit nombre de questions et de
réflexions.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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