Materialism; Mind and body; Physiology -- Early works to 1800
Descartes, et tous les Cartésiens, parmi lesquels il y a longtemps
qu'on a compté les Malebranchistes, ont fait la même faute. Ils ont
admis deux substances distinctes dans l'homme, comme s'ils les avaient
vues et bien comptées.
Les plus sages ont dit que l'âme ne pouvait se connaître que par les
seules lumières de la Foi: cependant, en qualité d'êtres raisonnables,
ils ont cru pouvoir se réserver le droit d'examiner ce que l'Ecriture
a voulu dire par le mot Esprit, dont elle se sert en parlant de l'âme
humaine; et dans leurs recherches, s'ils ne sont pas d'accord sur ce
point avec les théologiens, ceux-ci le sont-ils davantage entr'eux
sur tous les autres?
Voici en peu de mots le résultat de toutes leurs réflexions.
S'il y a un Dieu, il est auteur de la Nature, comme de la Révélation;
il nous a donné l'une, pour expliquer l'autre; et la Raison, pour
les accorder ensemble.
Se défier des connaissances qu'on peut puiser dans les corps animés,
c'est regarder la Nature et la Révélation comme deux contraires qui
se détruisent; et par conséquent, c'est oser soutenir cette absurdité:
que Dieu se contredit dans ses divers ouvrages, et nous trompe.
S'il y a une Révélation, elle ne peut donc démentir la Nature. Par la
Nature seule, on peut découvrir le sens des paroles de l'Evangile,
dont l'expérience seule est la véritable interprète. En effet,
les autres commentateurs jusqu'ici n'ont fait qu'embrouiller
la vérité. Nous allons en juger par l'auteur du Spectacle de la
Nature. "Il est étonnant, dit-il (au sujet de Mr. Locke), qu'un homme
qui dégrade notre âme jusqu'à la croire une âme de boue, ose établir
la Raison pour juge et souverain arbitre des mystères de la Foi;
car, ajoute-t-il, quelle idée étonnante aurait-on du Christianisme,
si l'on voulait suivre la Raison?"
Outre que ces réflexions n'éclaircissent rien par rapport à la Foi,
elles forment de si frivoles objections contre la méthode de ceux
qui croient pouvoir interpréter les Livres Saints, que j'ai presque
honte de perdre le temps à les réfuter.
1º. L'excellence de la Raison ne dépend pas d'un grand mot vide de
sens (l'immatérialité); mais de sa force, de son étendue, ou de sa
clairvoyance. Ainsi une âme de boue, qui découvrirait, comme d'un coup
d'oeil, les rapports et les suites d'une infinité d'idées difficiles
à saisir, serait évidemment préférable à une âme sotte et stupide
qui serait faite des éléments les plus précieux. Ce n'est pas être
philosophe, que de rougir avec Pline de la misère de notre origine. Ce
qui parait vil, est ici la chose la plus précieuse, et pour laquelle
la nature semble avoir mis le plus d'art et le plus d'appareil. Mais
comme l'homme, quand même il viendrait d'une source encore plus vile
en apparence, n'en serait pas moins le plus parfait de tous les êtres,
quelle que soit l'origine de son âme, si elle est pure, noble, sublime,
c'est une belle âme, qui rend respectable quiconque en est doué.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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