3. Elle pour son honneur vous doibt obeyssance
Moy vous obeyssant i'en puis receuoir blasme
N'estât, à mon regret, comme elle vostre femme.
Et si n'aura pourtant en ce point preeminence
Pour son propre profit[83] elle vse de coustance,
Car ce n'est peu d'honneur d'estre de voz biens dame
Et moy pour vous aymer i'en puis receuoir blasme
Et ne luy veux ceder en toute l'obseruance:
Elle de vostre mal n'à l'apprehension
Moy ie n'ay nul repos tant ie crains l'apparence:
Par l'aduis des parentz, elle eut vostre accointance
Moy malgré tous les miens vous porte affection
{_Et neanmoins, mon c[oe]ur, vous doubtez ma constance_}[84]
Et de sa loyauté prenez ferme asseurance.
4. Par vous mon coeur & par vostre alliance
Elle à remis sa maison en honneur
Elle à jouy par vous de[85] la grandeur
Dont tous les siens n'ayent nul asseurance
De vous, mon bien, elle à eu l'ac coinstance,[86]
Et à gaigné pour vn temps vostre coeur,
Par vous elle à eu plaisir en bon heur,
Et par vous a[87] honneur & reuerence,
Et n'a perdu sinon la jouyssance
D'vn fascheux sot qu'elle aymoit cherement,
Ie ne la playns d'aymer donc ardamment,
Celuy qui n'à en sens, ny en vaillance,
En beauté, en bonté, ny en constance
Point de seçond. Ie vis en ceste foy.[88]
5. Quant vous l'amiez, elle vsoit de froideur.
Sy vous souffriez pour s'amour passion
Qui vient d'aymer de trop d'affection,
Son doy monstroit, a tristesse de coeur
N'ayant plaisir de vostre grand ardeur.
En ses habitz, monstroit sans fiction
Qu'elle n'auoit paour qu'imperfection
Peust l'effacer hors de ce loyal coeur.
De vostre mort ie ne vis la peaur[89]
Que meritoit tel mary & seigneur.
Somme, de vous elle à eu tout son bien
Et na prisé ne iamais estimé
Vn si grand heur sinon puis qu'il n'est sien
Et maintenant dit l'auoir tant aymé.
6. Et maintenant elle commence à voir
Qu'elle estoit bien de mauuais iugement
De n'estimer l'amour d'vn tel amant
Et voudrait bien mon amy deceuoir,
Par les escriptz tout fardez de scauoir
Qui pourtant n'est en son esprit croissant
Ains emprunté de quelque autheur luissant
A faint tresbien vn ennoy[90] sans l'avoir
Et toutesfois ses parolles fardeez,
Ses pleurs, ses plaincts remplis de fictions.
Et ses hautz cris & lamentations
Ont tant gaigné que par vous sont gardéez
Ses lettres {escriptes} ausquellez vous donnez foy
Et si l'aymez & croyez plus que moy.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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