"Un jour, le roi des animaux
Défendit, par une ordonnance,
A ses sujets, à ses vassaux,
De courir sans une licence
Sur quelque bête que ce soit;
Promettant, il est vrai, de conserver le droit
A quiconque en usait pour motif honnête.
Tigres, loups et renards, de présenter requête
A Sa Majesté: loups, pour courir le mouton,
Renards, pour courir le chapon,
Tigres, pour courir toute bête.
Parmi les députés, qui criaient à tue-tête,
Un chien s'égosillait à force d'aboyer.
'Plaise à Sa Majesté, disait-il, m'octroyer
Droit de donner la chasse, en toute circonstance,
A tous les animaux vivant de ma substance.
--Gentilshommes, à vous permis de giboyer,
Dit, s'adressant au tigre, au loup, au renard même
Des forêts le maître suprême
Aux chasseurs tels que vous permis de déployer,
Même chez leurs voisins, leurs efforts, leurs astuces;
Mais néant au placet du chien!'
Que réclamait, pourtant, ce roturier-ta?--Rien,
Que le droit de tuer ses puces."
LES DEUX BAMBOUS
"L'an passé--c'était l'an quarante,--
L'an passé, le Grand Turc disait au grand vizir:
'Quand, pour régner sous moi, je daignai te choisir,
Roustan, je te croyais d'humeur bien différente.
Roustan met son plus grand plaisir.
A me contrarier; quelque ordre que je donne,
Au lieu d'obéir, il raisonne;
Toujours des _si,_ toujours des _mais_;
Il défend ce que je permets:
Ce que je défends, il l'ordonne.
A rien ne tient qu'ici je ne te fasse voir
A quel point je suis las de ces façons de faire!
Va-t'en! Qu'on fasse entrer mon grand eunuque noir
C'est celui-là qui connaît son affaire,
C'est lui qui, toujours complaisant,
Sans jamais m'étourdir de droit ni de justice,
N'ayant de loi que mon caprice,
Sait me servir en m'amusant.
Jamais ce ton grondeur, jamais cet air sinistre!
Ainsi que tout désir, m'épargnant tout travail,
Il conduirait l'empire aussi bien qu'un sérail.
J'en veux faire un premier ministre.
--En fait de politique et de gouvernement,
Sultan, dit le vizir, chacun a son système:
Te plaire est le meilleur; le mien, conséquemment,
Est mauvais.... Toutefois, ne pourrais-je humblement,
Te soumettre un petit problème?
--Parle.--Ce n'est pas d'aujourd'hui.
Que péniblement je me traîne,
Vieux et cassé, sultan, dans ma marche incertaine,
Ma faiblesse a besoin d'appui.
Or, j'ai deux roseaux de la Chine:
Plus ferme qu'un bâton, l'un ne sait pas plier,
L'autre, élégant, léger, droit comme un peuplier,
Est plus souple qu'une badine.
Lequel choisir?--Lequel?... Roustan, je ne crois pas
Qu'un flexible bambou puisse assurer nos pas.
--Tu le crois! lorsque tu m'arraches
Ton sceptre affermi par mes mains,
Pour le livrer à des faquins
Sans caractere et sans moustaches.'
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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