"Je hais l'oppression d'une haine profonde;
Aussi, lorsque j'entends, dans quelque coin du monde,
Sous un ciel inclément, sous un roi meurtrier,
Un peuple qu'on égorge appeler et crier;
Quand, par les rois chrétiens aux bourreaux turcs livrée,
La Grèce, notre mère, agonise éventrée;
Quand l'Irlande saignante expire sur sa croix;
Quand l'Allemagne aux fers se débat sous dix rois;
Quand Lisbonne, jadis belle et toujours en fête,
Pend au gibet, les pieds de Miguel sur sa tête;
Quand Albani gouverne au pays de Caton;
Quand Naples mange et dort; quand, avec son bâton,
Sceptre honteux et lourd que la peur divinise,
L'Autriche casse l'aile au lion de Venise;
Quand Modène étranglé râle sous l'archiduc:
Quand Dresde lutte et pleure au lit d'un roi caduc;
Quand Madrid sa rendort d'un sommeil léthargique;
Quand Vienne tient Milan; quand le lion belgique,
Courbé comme le bœuf qui creuse un vil sillon,
N'a plus même de dents pour mordre son bâillon;
Quand un Cosaque affreux, que la rage transporte,
Viole Varsovie échevelée et morte,
Et, souillant son linceul, chaste et sacré lambeau
Se vautre sur la vierge étendue au tombeau;
Alors, oh! je maudis, dans leur cour, dans leur antre,
Ces rois dont les chevaux ont du sang jusqu'au ventre.
Je sens que le poète est leur juge; je sens
Que la muse indignée, avec ses poings puissants,
Peut, comme au pilori, les lier sur leur trône,
Et leur faire un carcan de leur lâche couronne,
Et renvoyer ces rois, qu'on aurait pu bénir,
Marqués au front d'un vers que lira l'avenir!
Oh! la muse se doit aux peuples sans défense!
J'oublie, alors, l'armour, la famille, l'enfance.
Et les molles chansons, et le loisir serein,
Et j'ajoute à ma lyre une corde d'airain!"
LAMENNAIS
"_The Taking of Warsaw_
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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