"ADÉLAÏDE, _femme de Weislingen_; FRANTZ, _page de
Weislingen._
ADÉLAÏDE.--Ainsi, les deux expéditions sont en marche?
FRANTZ.--Oui, madame, et mon maître a la joie de combattre
vos ennemis....
--Comment va-t-il ton maître?
--A merveille! il m'a chargé de vous baiser la main.
--La voici ... Tes lèvres sont brûlantes!
--C'est ici que je brûle. (_Il met la main sur son cœur._)
Madame, vos domestiques sont les plus heureux des hommes!
... Adieu! il faut que je reparte. Ne m'oubliez pas!
--Mange d'abord quelque chose, et prends un peu repos.
--A quoi bon? Je vous ai vue, je ne me sens ni faim ni
fatigue.
--Je sais que tu es un garçon plein de zèle.
--Oh! madame!
--Mais tu n'y tiendrais pas ... Repose-toi, te dis-je, et
prends quelque nourriture.
--Que de soins pour un pauvre jeune homme!
--Il a les larmes aux yeux ... Je l'aime de tout mon cœur!
Jamais personne ne m'a montré tant d'attachement!
ADÉLAÏDE, FRANTZ, _entrant une lettre à la main._
FRANTZ.--Voici pour vous, madame.
ADÉLAÏDE.--Est-ce Charles lui-même qui te l'a remise?
--Oui.
--Qu'as-tu donc? Tu parais triste!
--Vous voulez absolument me faire périr de langueur ... Oui,
je mourrai dans l'âge de l'espérance, et c'est vous qui en
serez cause!
--Il me fait de la peine ... Il m'en coûterait si peu pour
le rendre heureux!--Prends courage, jeune homme, je connais
ton amour, ta fidélité; je ne serai point ingrate.
--Si vous en étiez capable, je mourrais! Mon Dieu! moi qui
n'ai pas une goutte de sang qui ne soit à vous! moi qui n'ai
de sens que pour vous aimer et pour obéir à ce que vous
désirez!
--Cher enfant!
--Vous me flattez! et tout cela n'aboutit qu'a s'en voir
préférer d'autres ... Toutes vos pensées tournées vers
Charles!... Aussi, je ne le veux plus ... Non, je ne veux
plus servir d'entremetteur!
--Frantz, tu t'oublies!
--Me sacrifier!... sacrifier mon maître! mon cher maître!
--Sortez de ma présence!
--Madame....
--Va, dénonce-moi a ton cher maître ... J'étais bien folle
de te prendre pour ce que tu n'es pas.
--Chère noble dame, vous savez que je vous aime!
--Je t'aimais bien aussi; tu étais près de mon cœur ... Va,
trahis-moi!
--Je m'arracherais plutôt le sein!... Pardonnez-moi,
madame; mon âme est trop pleine, je ne suis plus maître de
moi!
--Cher enfant! excellent cœur!
(_Elle lui prend les mains, l'attire à elle; leurs bouches
se rencontrent; il se jette à son you en pleurant._)
--Laisse-moi!... Les murs ont des yeux ... Laisse-moi ...
(_Elle se dégage._) Aime-moi toujours ainsi; sois toujours
aussi fidèle; la plus belle récompense t'attend! (_Elle
sort._)
--La plus belle récompense! Dieu, laisse-moi vivre jusque!
... Si mon père me disputait cette place, je le tuerais!
WEISLINGEN, FRANTZ.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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