French fiction -- 19th century; Short stories, French
Quelques années se passèrent, et des affaires de famille m'obligèrent
à m'exiler dans un misérable petit village du district de ***. Occupé
de mon bien, je ne cessais de soupirer en pensant à la vie de bruit et
d'insouciance que j'avais menée jusqu'alors. Ce que je trouvai de plus
pénible, ce fut de m'habituer à passer les soirées de printemps et
d'hiver dans une solitude complète. Jusqu'au dîner, je parvenais tant
bien que mal à tuer le temps, causant avec le staroste, visitant mes
ouvriers, examinant mes constructions nouvelles. Mais, aussitôt
qu'il commençait à faire sombre, je ne savais plus que devenir. Je
connaissais par coeur le petit nombre de livres que j'avais trouvés
dans les armoires et dans le grenier. Toutes les histoires que se
rappelait ma ménagère, la Kirilovna, je me les étais fait conter
et reconter. Les chansons des paysannes m'attristaient. De proches
voisins, il n'y avait près de moi que deux ou trois de ces ivrognes
émérites dont la conversation ne consistait guère qu'en soupirs et
en hoquets. Mieux valait la solitude. Enfin, je pris le parti de
me coucher d'aussi bonne heure que possible, de dîner le plus tard
possible, en sorte que je résolus le problème d'accourcir les soirées
et d'allonger les jours, _et je vis que cela était bon_.
A quatre verstes de chez moi se trouvait une belle propriété
appartenant à la comtesse B***, mais il n'y avait là que son homme
d'affaires; la comtesse n'avait habité son château qu'une fois, la
première année de son mariage, et n'y était demeurée guère qu'un
mois. Un jour, le second printemps de ma vie d'ermite, j'appris que
la comtesse viendrait passer l'été avec son mari dans son château. En
effet, ils s'y installèrent au commencement du mois de juin.
L'arrivée d'un voisin riche fait époque dans la vie des campagnards.
Les propriétaires et leurs gens en parlent deux mois à l'avance
et trois ans après. Pour moi, je l'avoue, l'annonce de l'arrivée
prochaine d'une voisine jeune et jolie m'agita considérablement. Je
mourais d'impatience de la voir, et, le premier dimanche qui suivit
son établissement, je me rendis après dîner au château de *** pour
présenter mes hommages à madame la comtesse en qualité de son plus
proche voisin et son plus humble serviteur.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
Reviews
Reviews
No reviews yet
Be the first to share your thoughts on this work.
Elsewhere in the archive
Join the Discussion
Join the discussion
Sign in to leave a comment or review.
Sign InorCreate an account