French fiction -- 19th century; Short stories, French
"Un soir, nous étions sortis tous les deux à cheval; le cheval de ma
femme se défendait; elle eut peur; elle mit pied à terre et me pria de
le ramener en main, tandis qu'elle regagnerait le château à pied. A
la porte, je trouvai une calèche de voyage. On m'annonça que, dans mon
cabinet, il y avait un homme qui n'avait pas voulu décliner son
nom, et qui avait dit seulement qu'il avait à me parler d'affaires.
J'entrai dans cette chambre-ci, et, dans le demi-jour, je vis un homme
à longue barbe et couvert de poussière, debout devant la cheminée. Je
m'approchai, cherchant à me rappeler ses traits.
"--Tu ne me reconnais pas, comte? me dit-il d'une voix tremblante.
"--Silvio! m'écriai-je.
"Et, je vous l'avouerai, je crus sentir mes cheveux se dresser sur mon
front.
"--Précisément, continua-t-il, et c'est à moi de tirer. Je suis venu
décharger mon pistolet. Es-tu prêt?
"J'aperçus un pistolet qui sortait de sa poche de côté. Je mesurai
douze pas, et j'allai me placer là, dans cet angle, en le priant de
se dépêcher de tirer avant que ma femme rentrât. Il ne voulut pas et
demanda de la lumière. On apporta des bougies.
"Je fermai la porte, je dis qu'on ne laissât entrer personne, et, de
nouveau, je le sommai de tirer. Il leva son pistolet et m'ajusta...
Je comptais les secondes... Je pensais à elle... Cela dura une
effroyable minute. Silvio baissa son arme.
"--J'en suis bien fâché, dit-il, mais mon pistolet n'est pas chargé
de noyaux de guignes;... une balle est dure... Mais je fais une
réflexion: ce que nous faisons ne ressemble pas trop à un duel, c'est
un meurtre. Je ne suis pas accoutumé à tirer sur un homme désarmé.
Recommençons tout cela; tirons au sort à qui le premier feu.
"La tête me tournait. Il paraît que je refusai... Enfin, nous
chargeâmes un autre pistolet; nous fîmes deux billets qu'il jeta dans
cette même casquette qu'autrefois ma balle avait traversée. Je pris un
billet, et j'eus encore le numéro 1.
"--Tu es diablement heureux, comte! me dit-il avec un sourire que je
n'oublierai jamais.
"Je ne comprends pas ce qui se passait en moi, et comment il parvint
à me contraindre,... mais je fis feu, et ma balle alla frapper ce
tableau.
Le comte me montrait du doigt la toile trouée par le coup de pistolet.
Son visage était rouge comme le feu. La comtesse était plus pâle que
son mouchoir, et, moi, j'eus peine à retenir un cri.
--Je tirai donc, poursuivit le comte, et, grâce à Dieu, je le
manquai... Alors, Silvio... dans ce moment, il était vraiment
effroyable! se mit à m'ajuster. Tout à coup la porte s'ouvrit. Macha
se précipite dans le cabinet et s'élance à mon cou. Sa présence me
rendit ma fermeté.
"--Ma chère, lui dis-je, est-ce que tu ne vois pas que nous
plaisantons? Comme te voilà effrayée!... Va, va boire un verre d'eau,
et reviens-nous. Je te présenterai un ancien ami et un camarade.
"Macha n'avait garde de me croire.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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