Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
Les deux princes et les deux princesses assises à leurs côtés, prenant
soin d’eux, étoient les plus exposés à la pleine vue. Mgr le duc de
Bourgogne pleuroit d’attendrissement et de bonne foi, avec un air de
douceur, des larmes de nature, de religion, de patience. M. le duc de
Berry, tout d’aussi bonne foi, en versoit en abondance, mais des larmes
pour ainsi dire sanglantes, tant l’amertume en paroissoit grande, et
poussoit non des sanglots, mais des cris, mais des hurlements. Il se
taisoit parfois, mais de suffocation, puis éclatoit, mais avec un tel
bruit, et un bruit si fort, la trompette forcée du désespoir, que la
plupart éclatoient aussi à ces redoublements si douloureux, ou par
un aiguillon d’amertume, ou par un aiguillon de bienséance. Cela fut
au point qu’il fallut le déshabiller là même, et se précautionner
de remèdes et de gens de la Faculté. Mme la duchesse de Berry étoit
hors d’elle; on verra bientôt pourquoi. Le désespoir le plus amer
étoit peint avec horreur sur son visage. On y voyoit comme écrit une
rage de douleur, non d’amitié, mais d’intérêt; des intervalles secs,
mais profonds et farouches, puis un torrent de larmes et de gestes
involontaires, et cependant retenus, qui montroit une amertume d’âme
extrême, fruit de la méditation profonde qui venoit de précéder.
Souvent réveillée par les cris de son époux, prompte à le secourir, à
le soutenir, à l’embrasser, à lui présenter quelque chose à sentir,
on voyoit un soin vif pour lui, mais tôt après une chute profonde en
elle-même, puis un torrent de larmes qui lui aidoient à suffoquer
ses cris. Mme la duchesse de Bourgogne consoloit aussi son époux,
et y avoit moins de peine qu’à acquérir le besoin d’être elle-même
consolée, à quoi pourtant, sans rien montrer de faux, on voyoit bien
qu’elle faisoit de son mieux pour s’acquitter d’un devoir pressant de
bienséance sentie, mais qui se refuse au plus grand besoin: le fréquent
moucher répondoit aux cris du prince son beau-frère; quelques larmes
amenées du spectacle, et souvent entretenues avec soin, fournissoient
à l’art du mouchoir pour rougir et grossir les yeux et barbouiller le
visage, et cependant le coup d’œil fréquemment dérobé se promenoit sur
l’assistance et sur la contenance de chacun.
Le duc de Beauvillier, debout auprès d’eux, l’air tranquille et froid,
comme à chose non avenue ou à spectacle ordinaire, donnoit ses ordres
pour le soulagement des princes, pour que peu de gens entrassent,
quoique les portes fussent ouvertes à chacun, en un mot pour tout ce
qu’il étoit besoin, sans empressement, sans se méprendre en quoi que
ce soit ni aux gens ni aux choses: vous l’auriez cru au lever ou au
petit couvert, servant à l’ordinaire. Ce flegme dura sans la moindre
altération, également éloigné d’être aise par religion et de cacher
aussi le peu d’affliction qu’il ressentoit, pour conserver toujours la
vérité.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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