Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
Il faut rendre justice à cette fille, et convenir aussi qu’il est
difficile d’être plus désintéressée qu’elle l’étoit, soit qu’elle
en connût la nécessité avec ce prince, soit plutôt que cela lui fût
naturel, comme il a paru dans tout le tissu de sa vie. C’est encore un
problème si elle étoit mariée; tout ce qui a été le plus intimement
initié dans leurs mystères s’est toujours fortement récrié qu’il n’y a
jamais eu de mariage. Ce n’a jamais été qu’une grosse camarde brune,
qui avec toute la physionomie d’esprit, et aussi le jeu, n’avoit l’air
que d’une servante, et qui longtemps avant cet événement-ci étoit
devenue excessivement grasse, et encore vieille et puante; mais de la
voir aux _parvulo_[183] de Meudon, dans un fauteuil devant Monseigneur,
en présence de tout ce qui y étoit admis, Mme la duchesse de Bourgogne
et Mme la duchesse de Berry, qui y fut tôt introduite, chacune sur un
tabouret, dire devant Monseigneur et tout cet intérieur _la duchesse de
Bourgogne_ et _la duchesse de Berry_ et _le duc de Berry_, en parlant
d’eux, répondre souvent sèchement aux deux filles de la maison, les
reprendre, trouver à redire à leur ajustement, et quelquefois à leur
air et à leur conduite, et le leur dire, on a peine à tout cela à ne
pas reconnoître la belle-mère et la parité avec Mme de Maintenon. A la
vérité, elle ne disoit pas _mignonne_ en parlant à Mme la duchesse de
Bourgogne, qui l’appeloit _Mademoiselle_, et non _ma tante_; mais aussi
c’étoit toute la différence d’avec Mme de Maintenon. D’ailleurs encore
cela n’avoit jamais pris de même entre elles. Madame la Duchesse, les
deux Lislebonnes et tout cet intérieur y étoit un obstacle; et Mme la
duchesse de Bourgogne, qui le sentoit et qui étoit timide, se trouvoit
toujours gênée et en brassière à Meudon, tandis qu’entre le Roi et Mme
de Maintenon elle jouissoit de toute aisance et de toute liberté. De
voir encore Mlle Choin à Meudon, pendant une maladie si périlleuse,
voir Monseigneur plusieurs fois le jour, le Roi non-seulement le
savoir, mais demander à Mme de Maintenon, qui, à Meudon non plus
qu’ailleurs, ne voyoit personne, et qui n’entra peut-être pas deux fois
chez Monseigneur, lui demander, dis-je, si elle avoit vu la Choin,
et trouver mauvais qu’elle ne l’eût pas vue, bien loin de la faire
sortir du château, comme on le fait toujours en ces occasions, c’est
encore une preuve du mariage d’autant plus grande que Mme de Maintenon,
mariée elle-même, et qui affichoit si fort la pruderie et la dévotion,
n’avoit, ni le Roi non plus, aucun intérêt d’exemple et de ménagement à
garder là-dessus s’il n’y avoit point de sacrement, et on ne voit point
qu’en aucun temps la présence de Mlle Choin ait causé le plus léger
embarras. Cet attachement incompréhensible, et si semblable en tout à
celui du Roi, à la figure près de la personne chérie, est peut-être
l’unique endroit par où le fils ait ressemblé au père.
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